Deuxième et dernière partie de l’entretien que nous a accordé le technicien français Bernard Simondi  actuellement en poste à Al-Oruba (Oman). Aujourd’hui, l’ancien coach de l’Etoile du Sahel et de l’ES Sétif revient sur certains aspects du métier de coach expatrié et ses rencontres.

« Bernard, quelle anecdote vous revient en mémoire quand vous pensez à Sétif, où vous avez vécu de grands moments ?

A Sétif, il y avait un garçon très populaire, Hadj Aïssa, qu’on appelait le Baggio local, parce qu’il avait une queue de cheval, une belle technique aussi. Un bon petit joueur mais enfant gâté. Avant mon arrivée, il lui arrivait de ne pas s’entraîner quasiment dans la semaine, prétextant une blessure. Le samedi, il jouait. Jusqu’à mon arrivée où je lui ai expliqué que s’il ne bossait pas, il ne jouerait pas ! Le mec, à travers nos discussions, a pris conscience de certaines choses. On est devenu très complices par la suite, on a même sympathisé. Il a fini par partir à l’étranger. 

Vous avez travaillé au Maroc, en Algérie et en Tunisie, on l’a vu. Mais curieusement, vous n’avez pas exercé en Egypte, un championnat important dans le monde arabe. Est-ce que cela a failli se faire ?

Ecoutez, Roger Lemerre et moi avons failli travailler ensemble au Zamalek du Caire il y a quelques années. Roger souhaitait que je sois associé à lui dans un staff et on avait reçu une proposition écrite dans ce sens. Les deux « jeunots » que nous sommes étaient donc prêts à s’engager dans ce challenge. Finalement, ça ne s’est pas fait. Dwzt90JWoAAVADs

Quel regard portez-vous sur Lemerre, vainqueur de la CAN 2004 avec la Tunisie et infatigable technicien…

A plus de 70 ans, Roger continue d’être très actif, du côté de l’Etoile du Sahel. Il fait ses footings tous les jours. Moi, je le reste aussi. J’ai toujours côtoyé des jeunes dans ce métier, et ils réclament ma présence au quotidien. La différence d’âge n’apparaît pas dans nos relations professionnelles. Je suis leur collègue, leur ami parfois. L’âge n’a pas de prise. Pourvu que ça dure !

Vous avez travaillé assez longtemps au Qatar, auprès des clubs et même de la sélection U23. Le titre de champion d’Asie fraîchement acquis a dû vous faire plaisir, non ?

Le Qatar vient effectivement de gagner la Coupe d’Asie aux Emirats. J’en conçois une petite fierté parce que six des joueurs sacrés ont débuté avec moi lorsque je dirigeais l’équipe nationale espoirs, les U23. Même si je ne suis resté que quelques mois, j’ai eu le gardien, les latéraux, Hassan Al Haydos au milieu, etc. Ca me fait plaisir de savoir qu’ils ont poursuivi sur leur lancée. Je ne prétends pas les avoir « découverts ». Mais j’ai croisé leur chemin.

Pourquoi avoir choisi Oman et plus précisément Al-Oruba, après votre dernier poste au Maroc, à Khourigba ?

Ma venue à Oman et plus précisément à Al-Oruba correspond à une volonté de retrouver une activité professionnelle. Je vis, respire et mange football, quitte à en agacer certains ! C’est ma vie, ma passion. J’avais besoin de retrouver le terrain, dans des conditions acceptables. J’essaie de leur apporter ma compétence, mon expérience. Au-delà de ça, puisque j’ai signé pour quatre mois, on verra ensemble par la suite. L’objectif c’est de retrouver une reconnaissance dans ces pays-là pour poursuivre mon métier ailleurs, auprès d’un club ou d’une équipe nationale.

N’avez-vous pas envie, peut-être, de continuer là-bas au-delà de votre contrat actuel ?

Je reste quelqu’un d’ambitieux. Rêver, c’est exister, se projeter, se donner de l’espoir, créer quelque chose de nouveau. Je suis dans cette démarche-là. Je veux aussi montrer à ceux qui croyaient que je n’étais plus dans le coup que non ! Mon envie est intacte, je participe aux exercices. Tant qu’il en sera ainsi, je serai sur un terrain. J’ai plus de soixante ans, mais ma passion est intacte. Je suis toujours curieux de nouveaux projets, de nouveaux pays.D0L6SW4WoAEFwKh

Comment analysez-vous le niveau des pays que vous avez connu par le passé ?

L’Arabie saoudite revient comme à mes débuts un pays phare dans ses ambitions de développer le football. Il y a cette ouverture vers le grand nombre d’étrangers. Au Qatar, que j’ai bien connu, la politique sportive a été une priorité des décideurs du pays. Ici à Oman, le sultan a plus de prétentions sur le plan artistique que sportif. Mais le pays est détenteur de la coupe du Golfe. Le football y est différent que dans les pays voisins.

C’est-à-dire ?

On y est un peu moins pros qu’ailleurs. Mais Oman demeure ambitieux. Oruba, mon club, a remporté quatre championnats et autant de coupes. Ca a été un club phare avant de rentrer un peu dans le rang. Il veut retrouver le carré de tête en s’en donnant les moyens. Les infrastructures sont moins importantes même si le centre d’entraînement reste très acceptable. Le stade d’honneur est très correct aussi.

Et la vie quotidienne à Sour ?

C’est une ville de 100 000 habitants, située à 1h30 de la capitale Mascate, elle est paisible. Les salaires ici sont moindres que dans les autres pays du Golfe mais les joueurs ont de la qualité technique. Il y a juste un manque flagrant sur le plan tactique que je vais m’employer à corriger.

A travers vous, on a un peu le sentiment qu’il est compliqué de retrouver un club dans votre pays, lorsqu’on est étiqueté « expatrié »…

Il est dommage que les entraîneurs français expatriés n’intéressent la France et son monde du foot que lorsqu’ils gagnent une compétition, africaine ou arabe. Quand on rapporte un titre, on se rappelle alors subitement que tu es ressortissant français. Alors oui, c’est difficile de revenir travailler en France une fois parti. Parce qu’on est vite catégorisé en tant que globe-trotter. A quoi est-ce dû ? Une forme de conservatisme ? On nous oublie vite. On est souvent dévalorisé au prétexte qu’on dirigerait des joueurs moins forts.

On vous sent un peu amer par rapport à ça…

Mais quand on est sélectionneur, on récupère un effectif riche de professionnels basés en Europe ! Donc c’est bien regrettable de nous catégoriser. Nos voyages nous donnent aussi une ouverture d’esprit, nous enrichissent sur le plan culturel. Le coach est quelque part un professeur, un oncle, un père là-bas. En tant qu’expatrié, on a cette capacité à s’adapter. Dommage que l’on ne nous permette pas vraiment de rapporter dans notre pays ce que l’on a engrangé sous d’autres cieux…

Justement, avec quels confrères entretenez-vous des relations amicales ?

Claude Le Roy est un ami de longue date. Hervé Renard a été son adjoint. Il y a aussi Philippe Troussier, Christian Gourcuff, Bernard Casoni, Djamel Belmadi qui entraine l’Algérie, J’ai de bonnes relations avec ces gens-là. Nos rapports sont vrais et sans ambigüité.

 Beaucoup d'estime pour Hervé Renard le sélectionneur du Maroc

Beaucoup d’estime pour Hervé Renard le sélectionneur du Maroc

Quel regard portez-vous sur Hervé Renard, le sélectionneur du Maroc ?

On ne peut être qu’envieux de son parcours et de sa réussite, qui n’est pas due au hasard. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent. Quand il part en Zambie et gagne la CAN en 2012, personne ne l’attendait ! Il faut avoir un savoir-faire, une approche aussi. Il l’a. Hervé est quelqu’un de compétent. Il est allé en Côte d’Ivoire et il a encore gagné la CAN. Deux pays, deux contextes différents.

Peut-il réussir en juin à la CAN, qui se déroulera en Egypte ?

Avec le Maroc, on voit que l’équipe grandit. Les résultats et les faits sont là. Les joueurs s’engagent avec la sélection parce qu’il y a de nouveau des ambitions, comme gagner la CAN, jouer régulièrement la Coupe du monde. Il a su susciter tout ça. Il a cette détermination, une cohérence, une démarche dans tout ce qu’il entreprend. Je porte un regard très bienveillant sur son travail dans un contexte pas toujours facile. Il est plus un sélectionneur qu’un entraîneur, il a fait son choix. Dans ce costume-là, il a fière allure.

Pour terminer, quels joueurs ont marqué votre vie de technicien en Afrique et dans le football arabe ?

Certains m’ont effectivement marqué. En Guinée, je pense aux Titi Camara, Pascal Feindouno, Morlaye Soumah, Pablo Thiam. Des monstres. Au Bénin, Stéphane Séssègnon dont j’ai favorisé le départ pour le football français. En Tunisie, j’ai connu le gardien nigérian Austin Ejide à l’ESS, Zoubeir Beya, Karim Hagui bien sûr, qui est parti à Strasbourg après mon passage. En Algérie, j’ai une pensée pour Ziaya et Lemmouchia qui ont été des joueurs importants à Sétif… » 

Propos recueillis par @Samir Farasha