Actuellement confiné en France, le sélectionneur de la Palestine s’est confié à 2022mag. Où il revient dans cette 1re partie d’entretien sur le travail accompli par la Fédération mais aussi sur les avancées de la sélection. Qui souffre encore d’un blocage et ne parvient pas à franchir un cap décisif, malgré une belle participation à la CAN asiatique 2019. Une exclusivité 2022mag.

« Bonjour Nourdine Ouldali, comment allez-vous ? Où et comment se passe votre confinement ?    Bonjour à 2022mag. Ca se passe tout à fait normalement et en famille. On suit tous les conseils, on ne prend aucun risque. On s’occupe de la scolarité des enfants, en particulier du plus petit qui a besoin de beaucoup d’attention. Je suis aussi mes deux filles dans leurs devoirs. Il y a aussi les besoins liés au quotidien à la maison. Naturellement, il y a aussi tous les contacts qu’on entretient, au téléphone. Que ce soit pour le travail, les amis ou les journalistes, sans oublier les campagnes de sensibilisation. Et puis on se remet en question sur le plan du travail, on essaie de se perfectionner.

Comment fonctionnez-vous au quotidien avec votre Fédération et surtout votre staff et vos joueurs ?                                                                                                                                                 Concernant la Fédération, il n’y a pour l’heure rien de défini ou de tracé pour le futur proche, qu’il s’agisse des compétitions locales ou internationales. Par rapport à mes joueurs, on échange naturellement sur les choses de la vie. C’est l’occasion aussi de déstresser dans ces moments-là. On reste toujours prêt pour un nouveau départ. Sans savoir quand il interviendra.

Quelles sont les nouvelles du côté de la Palestine ?                                                                                        Je suis avec intérêt celles venant de Palestine, qui gère la situation en fonction de ses moyens, en surveillant les foyers de la pandémie. Nous sommes un pays sous occupation et certains paramètres lui échappent, notamment aux frontières. De fait, les autorités font très attention. Chaque village s’occupe de la sécurité sanitaire locale. Elle est pratiquement maîtrisée.

Palestine : face à l'Irak le 5 août 2019

Palestine : face à l’Irak le 5 août 2019 en West Asian Cup

Revenons sur votre parcours. Vous avez vécu deux CAN d’Asie, jusqu’à présent la plus belle réussite de la sélection palestinienne…                                                                                                   Non, je n’en ai vécu qu’une seule sur le banc, celle de 2019 remportée par le Qatar. C’est exceptionnel pour la Palestine de faire partie du Gotha du football asiatique. On a également participé à plusieurs éditions de la West Asian Cup. Pour la CAN asiatique, cela nous a permis de faire valoir les qualités de notre football et des joueurs, sans oublier une visibilité à travers le monde entier.

Dans quels domaines cela a progressé sur le plan de la sélection, depuis vos premiers pas en tant qu’adjoint de Moussa Bezaz ?                                                                                                               La fédération palestinienne contemporaine a démarré ses activités en 2008, sous la présidence de Djibril Rajoub. C’est vrai que j’étais alors en tant qu’adjoint en 2010. L’administration de la fédération est devenue beaucoup plus professionnel depuis cette période, qu’il s’agisse de la gestion et du management. Sur le plan terrain, il existe des compétitions bien organisées.

Lesquelles ? Les joueurs locaux ont-ils un championnat pro ?                                                                                 Il existe une D1 pro mais aussi une D2 semi-pro, avec un groupe à Gaza, un autre groupe à Ramallah. Il y a également des championnats de jeunes que la DTN essaie de développer. J’ai le plaisir de participer parfois à ces sujets. La prise en charge de la sélection s’est nettement améliorée, même s’il reste des difficultés liées à l’occupation. Il y a beaucoup de choses qui ne sont pas possibles, comme la construction de stades, avoir un centre d’entraînement… Tout cela est soumis à des autorisations auprès de l’occupant. Mais généralement, la fédération a effectué des pas de géant.

Quels paliers ont été franchis, quels sont ceux qui restent à l’être ?                                                           Tous les paliers sont à parfaire et à développer ! La fédé y est allée par étapes. Rappelons qu’elle n’a que douze ans d’âge et d’existence. Il reste évidemment des choses à accomplir. Sur le plan technique, la Fédé peut donner des cours au niveau de la formation des entraîneurs, ce qui est une bonne chose. Il y a aussi à développer la politique de formation chez les jeunes, revoir leurs championnats.

Palestine-4-Noureddine-Ould-AliExiste-t-il des structures pour les jeunes joueurs ?                                                                   Absolument. Beaucoup d’académies de jeunes se sont créées et il faut structurer et règlementer tout ça. Il y a beaucoup de coaches locaux qui ont le diplôme AFC « A », d’autres l’AFC Pro. Il faut faire une avancée dans ce domaine, accompagner les coaches dans leurs acquisitions techniques et autres.

Au moment où le confinement général a été décidé, que prépariez-vous ?                                          Avant le confinement général, je préparais en Palestine les échéances internationales de mars et de juin 2020 avec mon encadrement. On a fait un plan concernant les stages et autres, ça c’était à la mi-février. J’avais prévu un match mi-mars alors que je rentrais en France. Entre temps, tout s’est déclenché rapidement dans le monde entier. Ceci explique que je me sois retrouvé durablement en France avec ma famille.

Les éliminatoires de la CDM 2022 sont mal embarqués avec plusieurs contre-performances. Qu’est-ce qui n’a pas bien fonctionné ?                                                                                                         Avant de parler des contreperformances, je voudrais évoquer les bonnes choses depuis deux ans. A commencer par notre participation à la Coupe d’Asie des Nations 2019 (deux nuls, une seule défaite). Après la CAN, on a enchaîné avec la WAFF Cup en Irak où on s’est classé 3e sur une dizaine de nations. Après, en septembre, on a joué contre l’Ouzbékistan et un résultat historique. Après, on a fait une contre performance  contre Singapour. Comme vous le savez, se déplacer est compliqué pour nous. Franchir cinq frontières, prendre des vols longs courriers… Le voyage se fait en plus de 24h de temps sur le plan logistique. Il y a aussi un blocage au niveau mental.

Comment cela se traduit-il ? On n’arrive pas à enchaîner, à faire valoir nos qualités. Il y a un petit blocage. On a essayé de bosser sur ce point-là. Il y a une barrière mentale à traverser, à faire exploser pour nos joueurs. Les qualités sont là. Mais, comme je leur ai dit, si on veut se qualifier, il faut aller chercher les points précieux à l’extérieur. »

Propos recueillis par @Samir Farasha 

Demain, vous retrouverez la 2e partie de l’entretien que nous a consacré Nourdine Ouldali, le sélectionneur algérien de la Palestine.