Ancien joueur vedette de l’Espérance Tunis et international dans la deuxième partie des années 1980 et jusqu’en 1995 avant de se retirer des terrains, Haythem Abid a ensuite disparu des écrans pendant une longue décennie noire. Depuis 2012, ce fou de football a retrouvé sa place naturelle dans son milieu. A la télévision puis à l’Espérance. Avant d’embrasser pleinement le projet du FC San Pedro, en Côte-d’Ivoire. Rencontre avec un passionné. Une exclusivité 2022mag.

« Haythem bonjour, on est heureux de vous donner la parole. Dans un premier temps, racontez-vous les circonstances de votre arrivée au FC San Pedro, en Côte d’Ivoire, vous le Tunisien
Les débuts remontent à 2012 par le biais de Monsieur Khaled, le directeur exécutif du projet et bras droit de Mohamed Ali Hachicha, l’homme d’affaires tunisien, à travers une collaboration alors que j’étais à l’Espérance de Tunis. On a collaboré sur des jeunes joueurs proposés à l’EST alors que je chapeautais la cellule de recrutement des jeunes de Taragi. Par la suite, les liens se sont maintenus. Je suis alors venu à maintes reprises en Côte d’Ivoire pour des tournois de détection. A l’époque, le FC San Pedro n’existait pas.

Comment est-il né ?
Ca a commencé par une proposition du chauffeur de M. Hachicha qui lui a proposé d’aider le centre de formation de son quartier à Abobo. Il n’a pas hésité. Il a débuté par une aide sociale au centre, puis il a fait venir des techniciens tunisiens. Je vais citer les précurseurs du projet : Tarak Jani, Hakim Bargui et le chevronné Khemaies Labidi qui ont débuté ici. Après ça, MM. Khaled et Hachicha se sont pris au jeu. M. Hachicha a fini par acquérir un club, devenu le FC San Pedro il y a trois ans maintenant. De mon côté, je faisais la navette, je venais à chaque fois qu’il y avait besoin. Mais depuis le 1er juin 2017, je me suis installé ici à Abidjan, et je suis le directeur technique du club.

Haytem Abid avec le  staff du FC San Pedro

Haytem Abid avec le staff du FC San Pedro

Quelle est l’originalité du FC San Pedro, outre le fait qu’il repose sur une organisation structurée par des passionnés tunisiens dans un championnat étranger ?
Le projet du FC San Pedro, ce n’est pas seulement le club professionnel en D1. Un club pro, c’est la vitrine du projet. Ce qui m’a plu, c’est la construction d’un centre de formation. On est d’ailleurs dans la phase de finition. L’Afrique manque terriblement d’infrastructures. Ce que M. Hachicha réalise ici, c’est énorme et sérieux, très ambitieux aussi. Je suis donc avec plusieurs techniciens tunisiens ici afin de contribuer au succès de ce projet.

Avant de venir ici, vous avez également joué les consultants TV. Parlez-nous de cette expérience  singulière.                                                                                                                                            Consultant, j’ai fait ça pendant deux années. J’ai aimé, je me trouvais très bien dans ces fonctions. J’ai été pro et international, mais je suis avant tout un féru de foot. Je lis France Football chaque semaine. Je respire le foot, c’est ma passion absolue. Je suis très à l’aise sur les plateaux. Et si ça n’a pas duré, c’est parce que j’ai intégré l’Espérance de Tunis. Pour rester neutre et ne pas être taxé de partialité, j’ai décidé de quitter les plateaux TV.

Parlez-nous de votre deuxième carrière à l’Espérance, dont vous avez d’abord été joueur, puis chargé du recrutement…                                                                                                                           J’ai réintégré ma famille sportive de l’Espérance à partir de juillet 2012. A un certain moment, j’ai même eu à m’occuper du recrutement de l’équipe seniors à la demande du président. J’ai ensuite chapeauté la cellule de recrutement des jeunes jusqu’à ma venue à Abidjan en juin 2017. J’en profite pour remercier mon club et mon président Hamdi Meddeb. C’est grâce à mon club que j’ai replongé dans le milieu du foot après une longue absence.

Vous venez de participer, avec l’Académie du FC San Pedro, à la huitième édition du tournoi TIC2F à Porto-Novo au Bénin, dont vous avez atteint le dernier carré. En quoi ce tournoi est-il profitable à vos jeunes talents ?
Oui, nous y étions début avril. C’est un tournoi très valorisant, on a vraiment aimé. C’était notre première participation à l’étranger et on n’a pas hésité. C’est une expérience très profitable pour nos jeunes. On espère être présent l’an prochain. On voulait se mesurer à l’expérience des autres académies pour nous situer. Je remercie au passage les organisateurs, qui nous ont permis de faire des rencontres intéressantes sur place. Le FC San Pedro a été valorisé.

Le FC San Pedro est monté de D2 il y a quelques années. Quelle est votre ambition : le titre national, jouer en Afrique ?
Bien sûr, nous sommes ambitieux ! Ce ne sera pas facile. On a acquis le club il y a trois ans quand il était en D2 et on est monté dès la première année. On ‘est maintenus difficilement, cette année on est beaucoup mieux (San Pedro a battu le champion 2018, l’ASEC, jeudi 1-0, NDLR). La progression est évidente. L’objectif est de stabiliser le club dans le top 3. On rêve d’être champions, pourquoi pas aussi d’Afrique ! C’est l’essence même du sport. C’est une remise en question quotidienne, le football ! On espère réussir, avec le soutien de tous.

Haythem, on vous sent très passionné par le football africain. Pouvez-vous développer cette idée ?
Ca va de soi, je suis africain, tunisien, nord-africain. L’Afrique est une pépinière énorme, une mine d’or. Mais elle manque d’infrastructures. Heureusement que des hommes d’affaires tels que M. Hachicha, notre président, pensent à construire des centres de formation. Le nôtre est appelé sans doute à devenir une référence sur le continent. Je ne dis pas cela en l’air ni même avec prétention.

Le football fait partie intégrante de votre vie…
On a joué le football pour le plaisir dans le quartier, sans jamais penser qu’on deviendrait pros et qu’on gagnerait notre vie comme ça par le biais du foot. Le foot, c’est plein de bons et de mauvai souvenirs aussi. Le sport, c’est des victoires. J’ai joué à l’Espérance, l’un des plus grands clubs en Afrique. J’ai été champion de Tunisie et d’Afrique. En sélection, j’ai tout connu depuis les U17, j’ai joué le Mondial cadets 1985, les Jeux Olympiques 1988 aussi. J’ai participé aux Jeux Africains. Le football donne toujours une seconde chance et permet même des retrouvailles. J’ai retrouvé au Bénin lors du TIC2F Japhet Ndoram que j’ai affronté avec la Tunisie lors d’un match contre le Tchad en 1990.

Avec Faouzi Rouissi, le coach du FC San Pedro

Avec Faouzi Rouissi, le coach du FC San Pedro

Justement, vous souvenez-vous du 19 août 1990 ?
Bien sûr ! Je me rappelle très bien : j’ai joué ce match contre le Tchad à El-Menzah, en éliminatoires de la CAN 1992. Japhet Ndoram, qui venait de signer pour le FC Nantes, avait conduit les Sao du Tchad. Il avait ouvert la marque, et puis j’avais égalisé sur un coup franc direct. C’est Faouzi Rouissi, le coach actuel de San Pedro, qui nous avait donné la victoire (2-1) !

Au FC San Pedro, vous côtoyez votre ancien coéquipier en sélection Faouzi Rouissi, le coach des pros, qui fut aussi votre adversaire puisqu’il est Clubiste et vous espérantiste…
Il a marqué son époque comme joueur au sein du Club Africain et partout où il est passé. Ca a été un grand joueur. Il a entamé une seconde carrière, celle de technicien. Il le fait très bien depuis cinq-six saisons. Il a coaché en D2-D1 tunisienne, il a également été adjoint au Club Africain. C’est sa deuxième saison au FC San Pedro et il fait du bon boulot. On essaie de lui faciliter la tâche. Inchallah, il est appelé à y rester longtemps, et je lui souhaite bien sûr beaucoup de réussite.

Parlez-nous un peu du football tunisien actuel…
La Tunisie, avec ses 12 millions d’Habitants, a toujours été présente parmi les grands d’Afrique. L’Espérance est le premier club africain à avoir remporté tous les trophées continentaux existants. On a toujours eu de bons joueurs, et on a souvent constitué des sélections de qualité.

L’Espérance, c’est à jamais votre famille ?
C’est toute ma vie. J’habite à quelques rues du Parc B, le centre d’entrainement. J’ai toujours été supporter des Sang et Or. J’ai intégré les rangs du club en poussins, en 1976. J’avais onze ans et j’ai connu toutes les catégories jusqu’en seniors. J’ai juste connu une parenthèse de trois saisons au Portugal. J’ai abandonné le football en 1995 à cause de la répétition des blessures. Je ne suis pas chauvin mais je suis un fou de l’Espérance !

La sélection nationale tunisienne vous semble-t-elle capable de réaliser quelque chose en Coupe du monde en juin prochain, du côté de la Russie ?
Elle a des fortes chances de bien représenter notre football. On a de bons joueurs en Europe et on a un staff technique emmené par mon ancien coéquipier Nabil Maaloul. Je sais toute l’ardeur qu’il met à préparer cette Coupe du monde. Je crois que ce ne sera pas facile. Aux joueurs de sortir une belle Coupe du monde ! Nabil peut y arriver. C’est un coach méticuleux qui a toujours réussi là où il est passé. Donc je suis sûr qu’il mettra tous les ingrédients pour que les joueurs soient fins prêts le jour J !

Haythem, pour conclure ce long entretien avec vous,on aimerait savoir ce qui vous anime au quotidien ?

Faire du bon boulot ici, avec le FC San Pedro. Mettre en place une structure sérieuse et ambitieuse. On met nos efforts et notre savoir-faire pour ça. On veut arriver à concrétiser les rêves de notre président. Ca nous fait plaisir, nous sommes tous d’anciens joueurs, et avec la passion des gens ici et des techniciens locaux qui travaillent avec nous, il y a tant à faire. »

Propos recueillis par @Samir Farasha