Ancien de la maison FIFA où il avait le rôle de Conseiller de Sepp Blatter, Jérôme Champagne  n’ignore rien des coulisses de l’instance dirigeante du football mondial. Dans son livre paru début 2015 ( « comment je veux révolutionner la FIFA », éditions Hugo et Sport), il retrace son amour du ballon rond et ses onze années passées au cœur de ce pouvoir. Il propose en outre une réforme de la gouvernance de l’institution pour tenter de sauver le sport le plus populaire. Entretien avec potentiel candidat à la présidence.

Sepp Blatter avait annoncé ne pas avoir le soutien nécessaire dans le milieu du foot pour expliquer sa démission. Cela révèle-t-il des tensions politiques qui existent entre les confédérations et la FIFA?

Cela est évident. J’espère que nous saurons un jour ce qui s’est vraiment passé. Peut-être dans les mémoires de M. Blatter. Mais notons qu’il va rester président de la FIFA jusqu’au début de l’année 2016.

Michel Platini lui avait demandé démissionner avant le vote du 29 mai. Est-il le grand gagnant dans cette affaire?

Je ne le pense pas. On l’a vu avec l’échec de sa stratégie électorale.

 Les retraits successifs de Michael Van Praag et Luis Figo à l’élection du président de la FIFA donnaient ils une bonne image de l’institution?

Non. Ce n’est pas à mon sens un problème pour l’institution. Cela l’est pour ceux qui les ont poussés à se présenter tout en sachant qu’ils n’avaient aucune chance. En se retirant ainsi, ils ont évité l’humiliation de révéler au monde qu’ils avaient très peu de soutien.

Michel Platini appela à voter pour le Prince Ali bin Al-Hussein,  Sur quel programme ce candidat pouvait il convaincre? En quoi cette candidature fait elle apparaitre de nouveaux acteurs géographiques dans l’univers du foot?

La personne de M. Ali Al.Hussein n’est pas en cause. La question qui se pose est plutôt : pourquoi le président de l’UEFA ne s’est-il pas présenté ? Lui qui disait en mars 2014 être le seul à pouvoir battre M.Blatter. C’est l’échec de cette stratégie qui est patent. Mais là encore, le reste du monde ne souhaite pas donner les clefs de la FIFA et donc de la gouvernance mondiale du football à une personne liée à l’UEFA. La même chose s’était passée lors des élections de 1998 et 2002 lors desquelles la version universaliste de M. Blatter, une FIFA basée sur les fédérations nationales plutôt que sur les confédérations continentales, l’avait déjà emportée.
En 2014, vous vouliez être candidat à la présidence de la FIFA. Etes-vous tenté de vous présenter en 2016?

Il est trop tôt pour le décider mais je n’exclus rien. Les vrais enjeux sont ceux de l’évolution du football et de sa gouvernance. En Europe, depuis la chute du mur de Berlin, le football n’est plus homogène avec une cassure chaque jour plus grande entre vingt clubs cumulant un chiffre d’affaires de 6,2 milliards d’Euros et le reste du football européen. J’ai la crainte que la globalisation football ne bénéficie qu’à une minorité de ces acteurs. Que les moins favorisés, en Europe de l’Est mais surtout en Afrique, au Brésil, restent réduits à un rôle de pourvoyeur de matière première footballistique. Que 99% des joueurs professionnels soient mal payés, ou pas payés ou au chômage alors que l’on ne parle que des salaires mirobolants, mais justifiés, des Messi et Cristiano Ronaldo. Que finalement l’universalité du football avec une chance pour chacun soit détruite par l’élitisme actuel.

 Propos recueillies par Nasser Mabrouk