Il y a exactement 25 ans, le 4 janvier 1997, Hédi Ben Rekhissa succombait à un arrêt cardiaque, au cours du match amical opposant l’Espérance de Tunis et l’Olympique Lyonnais au stade Zouiten. « Balha », comme il était surnommé, était appelé à une très grande carrière.

Hédi, « Balha » comme il était affectueusement surnommé, et moi, c’est d’abord l’histoire d’une amitié entre un footballeur de talent et un journaliste au début de sa carrière. Je l’avais rencontré pour la première fois à Sète, lors des Jeux Méditerranéens 1993 qu’il disputait avec une jeune équipe de Tunisie. Sa gouaille, sa belle gueule et surtout son abattage m’avaient impressionné. Balha était la tour de contrôle de son équipe (1m96) mais sa grande taille ne le handicapait pas balle au pied. Au contraire !

Au cours des mois qui suivirent, il s’installa doucement au sein de l’équipe pro de l’Espérance de Tunis -qu’il avait rejointe en 1991- constellée d’internationaux. Le gamin de Kerkennah finit par trouver sa place. Et le destin nous mit de nouveau face à face fin 1994, après une CAN en Tunisie qui avait tourné à l’humiliation pour les Aigles de Carthage (élimination au 1er tour). L’Espérance recevait le Zamalek du Caire en finale retour de la C1 africaine.

Hédi Ben Rekhissa, décédé le 4 janvier 1997 à Tunis  lors d'un match amical ES Tunis - Olympique Lyonnais. Il avait 25 ans !

Hédi Ben Rekhissa, décédé le 4 janvier 1997 à Tunis lors d’un match amical ES Tunis – Olympique Lyonnais. Il avait 25 ans !

Cet après-midi-là, Balha survola la rencontre et inscrivit deux buts, synonymes de victoire pour « Taraji ». La naissance d’un grand d’Afrique et du monde arabe. Hédi fut d’ailleurs récompensé en 1995 du titre de meilleur footballeur du monde arabe. A 23 ans !

Janvier 1996, Port Elizabeth. Me voici de nouveau aux côtés du garçon, pour cette première CAN en Afrique du Sud. Je me souviens de ce jour où Henri Kasperczak découvrit, dans le hall de l’hôtel, que le seul joueur qui n’était pas en tenue officielle (survêtement) était Balha ! Il était affublé d’une salopette en jeans et d’une casquette de rappeur, à l’américaine ! Quelle rigolade !

Balha était aussi affable que lors de notre première rencontre : un mec bien dans sa peau, auteur du but égalisateur au 1er tour contre le Mozambique (1-1). Alors que l’on croyait sa Tunisie éliminée (1 point en 2 matches après sa défaite 2-1 contre le Ghana), Balha et ses potes infligèrent une terrible raclée aux Ivoiriens (3-1) et se qualifièrent pour les quarts ! Jusqu’à disputer la finale de la compétition, le 3 février au FNB stadium de Johannesburg, face au pays hôte (2-0). Malgré la défaite, l’étoile de Balha n’avait pas pâli. Au contraire.

A 24 ans, il semblait tout proche de signer un contrat pro en Europe ou ailleurs. Peut-être avant la Coupe du monde 1998 en France, où le monde entier aurait découvert l’étendue de son immense talent. Hélas, la route de Hédi s’arrêta au Zouiten, un après-midi, il y a donc vingt-cinq ans, face à un club français en stage en Tunisie, l’Olympique Lyonnais. Je ne l’ai jamais oublié.

Balha était le visage talentueux et souriant du football tunisien, et je me souviens avoir pleuré sa disparition. En novembre 2011, juste avant la finale retour de Ligue des champions d’Afrique entre l’Espérance et le Wydad Casablanca, à Radès (1-0), les Ultras espérantistes déployèrent un magnifique tifo dans la tribune. Au centre de ce drap immense, sur lequel figurait les grands joueurs du club, le visage éternellement jeune de Balha. Sa légende ne s’éteindra jamais.

@Frank Simon