Nommé en décembre dernier à la tête du Hilal champion 2014, le technicien belge passé par l’AC Léopards de Dolisie revient tout juste d’un stage d’avant saison aux Emirats. Il évoque en exclusivité pour 2022mag.com son nouveau club et ses ambitions. A déguster sans modération…

 

« Patrick Aussems, dans quelles circonstances vous retrouvez-vous aujourd’hui sur le banc du club champion du Soudan ?

L’an passé, avec mon équipe de l’AC Léopards de Dolisie (Congo), nous avions rencontré Al Hilal en éliminatoires de la Champions League et des contacts avaient déjà été noués à l’époque. Mais notre qualification pour les phases de poule de la Coupe de la Confédération puis notre accession en demi-finale mobilisant beaucoup de temps et d’énergie, nous avions convenu de faire un point en fin de saison. Après notre titre de champion du Congo et ma décision de ne pas renouveler mon contrat, le nouveau Président d’Al-Hilal a souhaité me rencontrer pour évoquer une possible collaboration.

Qu’est-ce qui vous a convaincu de rejoindre Hilal ?

Début novembre j’ai donc passé une semaine à Dubai et à Khartoum afin de visiter les installations et d’entamer les négociations. J’étais sollicité par d’autres clubs africains et asiatiques, notamment en Chine où j’ai passé trois saisons mais l’accueil des membres du club, le challenge sportif et le fait qu’ils aient accepté que je puisse venir avec un staff complet –entraîneur adjoint, préparateur physique et entraîneur des gardiens de but- ont fait pencher la balance ! J’ai donc signé pour une durée d’une année avec possible prolongation car je veux m’assurer que tous les engagements sportifs et autres soient bien tenus…

Une signature en décembre avec le géant soudanais

Une signature en décembre avec le géant soudanais

Quels objectifs vous ont été assignés par le nouveau président ?

Les objectifs du club sont clairs et ambitieux : gagner la Champions League le plus rapidement possible ! Al-Hilal a souvent joué les phases de poule, des demi-finales mais ne parvient pas à franchir cette dernière marche. Le club et les fans sont lassés de gagner les titres au Soudan, ils veulent maintenant une consécration continentale. C’est pourquoi ce challenge sportif m’a plu. Mais dire que l’on va gagner la Champions League dès cette année me parait présomptueux ! Par contre, je pense que dans les trois ans à venir, c’est réalisable car les infrastructures, les moyens mis à disposition et l’exceptionnelle ferveur et passion qu’il y a autour du club sont des atouts non négligeables pour atteindre cet objectif suprême.

Dès votre nomination, vous êtes parti en stage aux Emirats. Quel est votre feedback sur cette avant saison loin de vos bases ?

Nous sommes parti 28 jours aux Emirats et notre stage d’avant saison a été quasi parfait : cadre de travail exceptionnel à Fujairah, superbes installations d’entraînement, hôtel 5 étoiles avec toutes les commodités pour un club pro – piscine, sauna, jacuzzi, bains froids, salle de musculation – totale adhésion du groupe aux nouvelles méthodes de travail et à la nouvelle organisation mise en place. Enfin cinq matchs amicaux internationaux qui se sont soldés par cinq victoires ! Le seul bémol a été la rupture des ligaments croisés de l’un de mes joueurs après 3 jours de stage.

Quels sont les atouts de votre groupe ? Beaucoup de joueurs internationaux, soudanais et africains ?

L’équipe est effectivement composée de 8 à 10 internationaux soudanais A, des capitaines des équipes nationales d’Ethiopie et de Sierra Leone, d’internationaux U23 maliens, sénégalais, ghanéens et du troisième gardien de l’équipe nationale du Cameroun à la dernière Coupe du Monde, Maxime Feudjou (ex-Cotonsport, NDLR). Cela en fait une équipe avec des joueurs d’expérience rompus aux joutes africaines mais également des jeunes joueurs talentueux avec une évidente marge de progression.

Ce n’est pas un gage absolu de réussite, vous en conviendrez !

Comme dans toutes équipes africaines, c’est surtout tactiquement et psychologiquement que ce groupe doit progresser s’il veut atteindre ses objectifs. C’est le chantier prioritaire. C’est pourquoi nous en sommes déjà à 55 séances d’entraînement depuis le 20 décembre car plus ma philosophie de jeu sera assimilée rapidement, plus vite se verront les répercussions sur le terrain.

Quel accueil avez-vous reçu aux Emirats ? Parlez-nous des installations sur lesquelles vous avez joué et entraîné…

L’accueil aux Emirats a été formidable ! De nombreux soudanais vivant là-bas et Al Hilal étant un club extrêmement populaire et médiatique, nous avons été suivis tout au long de notre stage. Les installations mises à notre disposition par le club de Fujairah nous ont permis d’avoir d’excellentes conditions de travail au quotidien et les stades dans lesquels nous avons joué nos matchs amicaux -Al-Aïn et Al-Wasl- n’ont absolument rien à envier aux stades européens. La qualité de la pelouse de ces 2 stades était réellement exceptionnelle ! Ce n’est d’ailleurs pas par hasard que de nombreux clubs européens viennent se préparer dans le Golfe.

En discussion avec ses dirigeants avant la reprise prochaine du championnat.

En discussion avec ses dirigeants avant la reprise prochaine du championnat.

Le titre soudanais devrait encore se jouer entre Hilal et El-Merreikh, dirigé par le Français Garzitto, ex coach de Hilal. Est-ce votre ressenti ?

Je pense effectivement que, comme ces dernières années, le titre va se jouer entre ces deux grands clubs rivaux. Ce sont deux grands clubs qui se donnent les moyens de leurs ambitions et qui survolent le championnat soudanais. Les meilleurs joueurs locaux évoluent dans ces deux équipes et les étrangers y sont supérieurs aux étrangers recrutés par les autres clubs soudanais. Ce qui donne un championnat à 2 vitesses avec Al Hilal et Merreikh et puis les autres. Cette année, il y aura peut-être un trouble-fête puisque le troisième club de Khartoum a fait appel au Ghanéen Kwesi Appiah, l’ex sélectionneur national comme coach …

Quelle place occupe selon vous le football soudanais et Hilal dans le foot africain et arabe ?

Le football national soudanais occupe une place modeste à l’échelon continental mais un club comme Al-Hilal est le quatrième meilleur club africain au dernier classement de la CAF et semble un « top club » pour le football arabe. Les matchs amicaux que nous avons gagnés contre le champion du Koweït, le champion d’Ouzbékistan et Al-Wasl me confortent dans cette idée. Je pense d’ailleurs que Hilal se rapproche davantage du football arabe que du football africain. Pour conclure, je dirais que si le football soudanais n’occupe qu’une petite place dans le football africain et arabe, en revanche Al-Hilal en est une référence. »

 

@Samir Farasha