Sacré champion d’Europe à Madrid avec Liverpool contre Tottenham (2-0), l’Egyptien a pris sa revanche sur l’an passé, quand il avait été agressé par Ramos. Premier Pharaon vainqueur de la LDC, il entre dans le cercle très fermé des vainqueurs arabes et africains. De quoi le booster avant de rejoindre les Pharaons…

Rabah Madjer n’est plus seul. Héros algérien d’une inoubliable finale de Coupe des champions en 1987 remportée par son FC Porto aux dépens du Bayern Munich (2-1) – qui a oublié sa talonnade victorieuse ? – Madjer compte désormais un héritier dans le monde arabe : Mohamed Salah. Ce dernier devient du même coup le premier Egyptien à remporter la LDC européenne !
Comme lorsqu’il envoya les Pharaons en Coupe du monde, en octobre 2017 à Borg El-Arab, face au Congo et dans le temps additionnel, Mohamed Salah Ghaly a fait preuve de sang froid et d’une belle maîtrise technique pour tromper Hugo Lloris, capitaine des Bleus de France et spécialiste es-penaltiys.
Buteur donc, sur penalty, au Wanda Metropolitano de Madrid dès la 2e minute à la suite d’une faute de main de Sissoko, l’Egyptien a parfaitement placé sur les rails son Liverpool. Mais soyons honnête, la suite de sa finale ne fut pas du même tonneau.
Globalement, cette opposition entre clubs anglais a déçu. Plus fermée qu’on ne l’imaginait, avec un Liverpool fringant en première période mais plus frileux en seconde. Un Tottenham pris à froid qui a mis 45 minutes avant de retrouver un peu d’allant et d’inquiéter la défense des Reds.
Dans une finale si peu spectaculaire, plus athlétique et tactique, le petit Egyptien n’aura pas vraiment tiré son épingle du jeu. Beaucoup de courses, des remises – comme pour Milner, en seconde période – des appels pour gêner ses adversaires. De fait, il aura beaucoup travaillé pour le collectif, moins pour sa gloire personnelle.
Qu’importe puisqu’en inscrivant son sixième but cette saison dans cette LDC, le co-meilleur buteur de la Premier League décroche la Coupe aux grandes oreilles. Un rêve de gosse pour le gamin de Basyoun.
Surtout, il a su effacer d’un coup cette finale perdue l’an passé contre le Real Madrid, une finale qu’il avait dû prématurément quitter à la demi-heure de jeu à la suite d’une agression de Sergio Ramos. Touché à l’épaule, il n’avait pu empêcher le sacre du Real.
Et surtout, Salah avait été contraint de jouer un contre la montre pour être à peu près rétabli pour la Coupe du monde en Egypte. Hélas, diminué physiquement, il n’avait pu empêcher le naufrage absolu des Pharaons : trois matches, trois défaites.

 Six buts en LDC pour le Pharaon, 38 toutes compétitions confondues

Six buts en LDC pour le Pharaon, 38 toutes compétitions confondues

Y songeait-il hier soir, sur le gazon magnifique de la Wanda Metropolitano, au moment de fêter avec ses coéquipiers ce succès continental ? Peut-être un peu. Ses supporters certainement, avec l’idée qu’il avait pris une belle revanche sur son destin.
A l’issue du match, il lançait même : « Je suis déterminé à devenir le premier Arabe à remporter cette compétition deux fois ! Je suis impatient d’être à la prochaine saison. » Motivé, Mo !
Salah couronne donc sa saison européenne 2018-2019 d’un titre continental, à défaut d’avoir remporté le titre en Angleterre, coiffé sur le fil par Manchester City. Il peut aussi s’enorgueillir d’avoir terminé co meilleur buteur du championnat européen le plus médiatisé au monde, ce qui n’est pas rien, tout de même.
Cet automne, quand ses statistiques laissaient penser qu’il était au ralenti, de nombreux observateurs en ont conclu, trop hâtivement du reste, qu’il ne parviendrait pas à rééditer une saison aussi performante sur le plan individuel que la précédente (32 buts, 10 passes décisives en championnat, 44 buts au total toutes compétitions confondues).
Au 1er juin, il boucle quand même cet exercice avec 28 buts (22 en PL) et 10 passes décisives (8 en PL) toutes compétitions confondues. Effectivement, on note un déficit comptable sur le plan des buts. Mais il convient de préciser que le Liverpool 2019 s’est aussi beaucoup appuyé sur un nouveau finisseur, le Sénégalais Sadio Mané, replacé dans l’axe avec beaucoup d’intelligence par Jürgen Klopp.

 Et  un succès  à  la CAN pour finir ?

Voilà donc Mo Salah champion d’Europe (des clubs) avant de s’attaquer prochainement à un autre gros challenge : la Coupe d’Afrique des Nations, chez lui, en Egypte. Il y a deux ans, les Pharaons étaient allés jusqu’en finale de la CAN gabonaise, un parcours qui devait beaucoup aux exploits de l’ancien joueur de la Roma.

Battus par le Cameroun (2-1) pour leur retour dans la compétition dont ils avaient manqué les éditions 2012, 2013 et 2015, les Pharaons avaient réussi une formidable épopée dont peu d’observateurs avaient souligné le caractère exceptionnel, compte tenu de la tactique frileuse mise en place par Hector Cuper.

Dans un peu moins de trois semaines, Salah retrouve la sélection nationale, qu’il a abandonnée en mars, le temps de deux matches (Niger, Nigeria) afin de souffler un peu. Une décision prise en accord avec sa fédération et son coach, forcément appréciée par Liverpool.

Que peut-on attendre de Salah dans cette CAN, qu’il va disputer devant son public ? Il sort d’une saison européenne à 53 matches, sans compter les trois auxquels il a participé avec la sélection entre septembre et novembre 2018, et assortis de 4 buts.

Mohamed Salah (CAN 2017, photo caf.com)

Mohamed Salah (CAN 2017, photo caf.com)

Grand compétiteur et autant leader de sa sélection que peut l’être son ami et coéquipier Sadio Mané avec le Sénégal, Salah aura naturellement à cœur d’offrir la couronne africaine à son pays qui l’attend depuis… 2010. Né en 1992, c’est en adolescent qu’il avait vécu les triomphes successifs de 2006, 2008 et 2010, lui qui a débuté précocement en sélection (septembre 2011).

Au Caire, à partir du 21 juin, il portera en lui les espoirs de dizaines de millions d’Egyptiens qui ont fêté sa victoire avec Liverpool comme si c’était la leur. Mo Salah est le visage souriant et rassurant aussi d’une sélection qui, dans un passé récent, n’a que rarement développé un football à la hauteur de son leader technique.

La présence désormais sur le banc du Mexicain Javier Aguirre rassure, en ce sens que ce dernier défend un football offensif, spectaculaire et festif. Fini donc, le « boring game » qui était la marque de Cuper, et contraignait parfois Salah à jouer à contre-emploi dans un système étriqué.

De sa fraîcheur mentale et physique dépend, en partie, le parcours des Pharaons. L’adversité, dans cette 32e CAN, est immense, à commencer par le Sénégal de Sadio Mané. Mais aussi le Maroc, le Cameroun, l’Algérie et le Nigeria.

Mo Salah n’aura donc guère le temps de profiter de cette couronne européenne. Il lui faut déjà repartir vers d’autres terrains de conquête…

@Samir Farasha