Sauveur du Paris Saint Germain lors du Classico face à Marseille, le 22 octobre dernier, Edinson Cavani a peut être définitivement conquis, ce jour là, le coeur d’une grande partie des fans du PSG.

Ce nouveau statut de l’Uruguayen tombe fort à propos avec la parution, début novembre, d’une biographie sobrement intitulé « Cavani, El Matador  » (éditions Hugo & Sport). Finement ciselé par le journaliste hispanophile Romain Molina, l’ouvrage nous fait pénétrer l’univers discret et subtil de l’enfant de Salto, ville située à 500 km de la capitale Montevideo à la lisière de la frontière argentine.

Au fil des pages, on s’aperçoit que le Cavani de ses vertes années n’a pas changé d’un iota. C’est la copie conforme de celui qui évolue aujourd’hui à Paris. Un athlète au corps sec et musculeux qui ne rechigne jamais à l’effort, toujours déterminé dans ce qu’il entreprend. C’est aussi un coéquipier modèle doté d’une remarquable conscience professionnelle, fruit d’une éducation basée sur le travail bien fait et la volonté de réussir inculquée par son modèle de frère. Cette garra charrua (la rage charrua du nom de ce peuple amérindien), héritée directement de ses origines maternelles, caractérise bien cette capacité à résister aux éléments contraires. Un résumé en somme de l’ADN des habitants de ce petit pays coincé entre les deux mastodontes que sont le Brésil et l’Argentine.

Edison Cavani

Edison Cavani

Signature rocambolesque à Palerme

C’est en 2006 que débute la grande aventure européenne pour le Chiquilin (gosse). Âgé de 19ans, le buteur de Danubio s’envole pour Italie. Un pays qui le fait fantasmer depuis toujours. Mais le rêve démarre par un scénario rocambolesque. Le joueur et son agent de l’époque, poursuivis par une meute de journalistes et par certains intermédiaires un peu louches, sont obligés de se planquer toute une nuit à l’aéroport Ezeiza de Buenos Aires. L’objectif est de passer inaperçus avant de prendre le premier vol pour la Lombardie.

La seconde partie du script débouche sur de longues négociations, dans un hôtel de Milan, pour trouver un accord qui satisfasse toutes les parties. C’est finalement au beau milieu de la nuit que le « fugitif », encore en slip, est extirpé de son sommeil pour s’engager avec Palerme. Il est 4 heures du mat quand il est contractuellement Palermitain.

 A Paris, en route vers la légende

C’est dans le championnat italien qu’Edi va prendre du galon et emmagasiner une confiance qui ne le quittera plus jamais.Durant quatre saisons, l’acclimatation se fera en douceur sous le soleil de Sicile.Puis, c’est le départ pour Naples, et sa passion débordante, dans le courant de l’été 2010. Pour évacuer la pression inhérente au milieu du football, l’attaquant ne perd pas les bonnes habitudes prises au pays. Il continue de trouver refuge auprès d’ une nature qui l’apaise. C’est au bord d’un lac ou à un poste d’observation des oiseaux que le Salteño s’offre ce répit salutaire.

Durant ces trois années chez les Partenopei, le goléador ne cesse de progresser au point d’être un exemple pour ses camarades. Il devient rapidement une idole pour les tifosi locaux qui apprécient son abnégation et son sens du but (104 buts en 138 matches). Un bilan stratosphérique qui suscite logiquement l’intérêt des grosses écuries du continent. A ce petit jeu, c’est le président  Nasser El Khelaifi qui aura le dernier mot. Le Qatari dégaine un chéque de 63 millions d’euros et s’adjuge le renard des surfaces. Un record historique pour la France.

A Paris, le joueur change de dimension. Le club qui ambitionne de gagner la ligue des champions regorge de vedettes dans son effectif. L’Uruguayen, escorté du statut de footballeur le plus cher de Ligue 1, doit y trouver sa place. Pas facile à vivre quand il s’agit de se coltiner l’omnipotent Zlatan Ibrahimovic et de jouer sur le coté car le roi Ibra a décidé qu’il serait le seul au poste de numéro neuf. Le blues affleure parfois quand les soucis extra-sportifs (divorce, père emprisonné) viennent s’agréger au reste. Après le départ du Suédois, l’avant-centre retrouve son poste de prédilection avec ce sens des responsabilités toujours assumées. Le soir de la fameuse remontada barcelonaise, il fût le seul joueur à être épargné suite à la médiocre prestation des Parisiens. Serait-ce ce soir là que la cote d’amour entre Cavani et ses supporters a véritablement pris forme?

@Nasser Mabrouk