L’entraîneur tunisien s’est engagé le mois dernier avec les Somaliens du Mogadishu City Club. Ce grand voyageur nous raconte son quotidien et évoque ses ambitions.

« Mohamed Mestiri, bonjour. Mais qu’êtes-vous donc parti faire en Somalie ? 

(Il rigole) Oui, c’est incroyable, n’est-ce pas ? Avant MCC, j’avais reçu des offres, qui ne se sont avérées pas très sérieuses. Et puis, on m’a parlé de Mogadishu City. Du fait que le club était engagé en Coupe d’Afrique. 

Est-ce cela qui a tout fait basculer ?

Absolument. Une campagne continentale, c’est justement ce qui manquait à ma carrière. C’est une nouvelle aventure, je vis vraiment quelque chose de différent ici.

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On vous connaît peu. Pourriez-vous vous présenter coach ?

J’ai 49 ans et je suis originaire du Bardo, à Tunis. J’ai effectué toutes mes classes au Stade Tunisien, depuis les équipes de jeunes. J’ai été international. Une blessure a stoppé ma carrière dans les années 1990. J’ai commencé par entraîner les jeunes de mon club et puis je suis parti à l’étranger.

Où exactement ?

J’ai beaucoup travaillé en Arabie Saoudite, sept ans au total. J’ai également passé un an en Libye et deux ans à Oman.

La saison passée, vous étiez en Guinée, du côté de Conakry…

C’est exact, je suis parti entraîner un club de D1, les Eléphants de Coléah, juste après mon dernier passage en Arabie saoudite. Mais en avril, j’ai décidé de rentrer à Tunis pour des raisons personnelles.

Pourquoi ?

Il venait me dicter ses instructions ! On a donc procédé à une rupture à l’amiable.

Vous regrettez cette expérience finie trop vite ?

En Guinée, il y avait beaucoup de talent, le potentiel humain existe. Il y avait en revanche un manque d’infrastructures. Les clubs souffrent d’un déficit de moyens. 

Et donc vous vous êtes plongé totalement dans cette mission en Somalie…

C’est le challenge qui est formidable. Une campagne africaine, cela ne se refuse pas. C’était une bonne opportunité, donc j’ai dit oui. Malheureusement, on ne joue pas chez nous.

Expliquez-vous…

Nous affrontons en Coupe de la Confédération un club de Zanzibar, Malindi. Comme on ne peut pas recevoir, les deux matches sont programmés à Zanzibar. A nous de nous adapter.

Mogadishu a -t-il recruté pour cette campagne ?

A mon arrivée, début juillet, j’ai trouvé que le club avait déjà envoyé sa liste africaine à la CAF. Je peux donc vous dire que le MCC compte trois Ghanéens, un Nigérian, un Kenyan et un Ougandais. 

Comment avez-vous été accueilli ? Ne craigniez-vous pas la réception dans un pays marquée depuis deux décennies par l’insécurité ?

Je tiens à remercier mes dirigeants pour l’accueil chaleureux auquel j’ai eu droit. Avant de partir, j’échafaudais des scenarios sur l’accueil possible. Je m’imaginais les conditions sur place…

Une fois arrivé, comment avez-vous réagi ? Avez-vous eu peur ?

 Je me suis dit : je suis là et c’est à moi de m’adapter. Je loge dans un hôtel bien sécurisé. Je ne sors que pour aller à l’entraînement et aux matches. Je reconnais vivre avec un peu de stress et de peur. Heureusement, il y a cette campagne africaine…

Mohamed Mestiri

Mohamed Mestiri

Vraiment ?

Oui, parce que cela nous a permis de quitter le pays pendant trois semaines. On est loin de Mogadisho ! Avant de partir, on a disputé quatre matches de préparation contre des clubs locaux, et j’ai trouvé les supporters très sympas. On sent qu’ils aiment le sport. J’ai aussi rencontré le président de la fédération somalienne.

Avez-vous bon espoir de franchir ce premier tour ?

On a fait match nul 0-0 à l’aller et on prépare le retour ce week-end. Alors oui, j’espère vraiment passer ce tour. Ce serait merveilleux pour mes joueurs dont le quotidien est difficile au pays. Le football leur fait oublier les difficultés de la vie. 

En Tunisie, les gens savent-ils que vous êtes en mission en Somalie ?

Oui, j’ai même reçu un message de félicitations de l’Amicale des Entraîneurs Tunisiens après le match aller contre Malindi, qu’on a disputé le jour de la fête de l’Aïd. J’en ai profité pour glisser à mes joueurs de tout donner ce jour-là en sortant un gros match.

Vous êtes l’un des rares Tunisiens à travailler à l’étranger, avec Tarek Jani, le coach du FC San Pedro (CIV)…

Et pourtant, nous aimons travailler en Afrique ! Nous sommes africains, non ? A titre personnel, je sais que ce que je vis a un caractère exceptionnel. Parfois, dans ma chambre, je me dis : mais qu’est-ce que je fiche ici ? Mais c’est le destin. J’aime la découverte et voyager.

Quelle relation avez-vous tissé avec vos joueurs ?

D’abord, ils sont gentils et respectueux. Ensuite, je me sens très à l’aise avec eux. Ma personnalité leur plait je crois ! Parfois, je suis un peu sévère dans le travail, mai c’est le travail qui veut ça.

Quel type de soucis avez-vous rencontré à Zanzibar, où vous vous trouvez jusqu’au match retour ?

On a besoin d’un terrain pour s’entraîner chaque jour. Mais les Zanzibaris réclamaient 300 dollars pour chaque séance de deux heures sur un synthétique ! Trop cher pour nos dirigeants. Notre chance est d’avoir croisé un Somalien qui est à l’Université de Zanzibar, et qui nous a facilité d’avoir un petit terrain à l’Université. Franchement, on a accepté de jouer les deux matches ici. Les Zanzibaris auraient pu être plus sympas, non ? »

Propos recueillis par @Samir Farasha