Journaliste au quotidien dubayote Al-Ittihad, Amin Eldobally a accepté d’évoquer pour 2022mag.com la réalité du football émirati, et l’équipe nationale, qui affronte demain vendredi le Japon en quart de finale de l’Asian Cup.

 

« Amin bonjour, présentez-vous d’abord pour nos internautes…

Je suis journaliste au quotidien Al-Ittihad, à Dubaï, depuis dix ans. Auparavant, j’ai passé quatorze ans au quotidien égyptien Al-Ahram, au Caire. A titre personnel, c’est ma troisième Coupe d’Asie après 2007 et 2011 au Qatar.

Que représente cette compétition en Australie pour vous mais aussi pour les Emirats ?

C’est la toute première fois que je voyage en Australie. Jusqu’à présent, ce pays faisait partie de la confédération océanienne et n’a rejoint l’AFC qu’en 2006. C’est aussi la première fois que les Emirats, tout comme les autres pays arabes, se rendent ici pour une compétition internationale. Pour beaucoup, c’est une grande expérience, très différente.

En quoi est-ce si différent ?

C’est un pays immense, un continent. L’un des points négatifs, c’est les transferts d’une ville à l’autre pour les équipes et les médias à réaliser en très peu de temps vu les distances. Sinon, c’est une compétition et un événement réussi à mon sens. Je pense que l’Australie fera de gros bénéfices à l’issue de cette Asian Cup.

 

« Aguirre, le coach du Japo, croit qu’il n’y a qu’un seul joueur dangereux, Omar »

 

Qu’en est-il concernant l’équipe nationale émiratie, et son parcours avant d’atteindre les quarts contre le Japon ?

Les EAU ont offert une excellente impression générale aux supporters ici. Ils ont atteint un excellent niveau lors de leurs deux premiers matches contre le Qatar (4-1) et Bahrain (2-1). Ils n’ont perdu que contre l’Iran (1-0) en étant meilleurs. Si vous me demandez quelles sont les chances des Emirats de franchir ce cap des quarts, je dirais 50-50. Même si le Japon est champion en titre, je suis confiant. Nos joueurs ont les qualités pour atteindre les demies. Et pas seulement un joueur, mais plusieurs, contrairement à ce que suppose Javier Aguirre, le coach du Japon qui a parlé d’un seul élément, Omar. Il va découvrir que nous disposons d’au moins six joueurs de grande qualité.

Lesquels ?

Ismail Ahmed en défense a manqué les deux derniers matches mais devrait revenir. Il y a aussi Omar Abdulrahman, Ali Mabkhout, Ismail Al-Hammadi, Ahmed Khalil et Khamis Ismail, au milieu. Ils sont tous très efficaces dans leurs clubs comme en sélection. Je pense que cette équipe a une énorme motivation en elle. Seize joueurs ont commencé ensemble en 2006. Ils ont remporté en jeunes la Coupe du Golfe 2006, champions d’Asie des jeunes 2008, ils ont disputé la Coupe du monde U20 en Egypte (2009). Après ça, ils ont été champions de la région du Golfe en U23. Ils ont été finalistes U23 de la Coupe d’Asie contre le Japon (1-0) en 2010. Ils se sont qualifiés pour les JO de Londres 2012. Avec à chaque fois, le même entraîneur, Mahdi Ali, et le même état d’esprit.

Quel est leur point faible supposé ?

Une chose les désavantage par rapport au Japon, ils sont plus faibles sur le plan athlétique ou physique. Le Japon les domine sur ce point, mais pas techniquement.

Que pouvez-vous nous dire du sélectionneur, le taiseux Mahdi Ali ?

C’est un homme très strict. Il est ingénieur électronique de profession. Il analyse tout avant d’agir. Il met une certaine distance entre lui et les médias et la fédération. Il veut être le seul à pouvoir décider pour l’équipe nationale. Je pense que c’est positif parce qu’il a permis à la sélection d’éviter la pression médiatique notamment, celle de la fédé, etc. Et tous les joueurs suivent son exemple : ils ne sortent pas, ne parlent à personne. On ne les voit nul part ! Au pays, les médias l’attaquent sur ce point mais il les ignore. Il se concentre juste sur son travail.

La qualification pour les quarts de finale est-elle due à la qualité de votre championnat ?

Non, ce n’est pas le cas. La sélection grandit mais le championnat n’en est pas la cause. N’oubliez pas que chaque club utilise quatre joueur étranger, dont un asiatique, dans le onze de départ. C’est difficile pour les locaux de percer dans ces conditions.

Après cette compétition, pensez-vous que l’un des six joueurs que vous avez mentionné tentera sa chance en Europe ?

J’ai parlé à chacun d’entre eux, mais quand ils sont en club ! Tous espèrent avoir la chance de partir en Europe. Parce qu’ils réussir à ce niveau et tenter cette expérience à l’étranger. Je pense que 80% des internationaux sont intéressés par l’Europe, ils veulent goûter au professionnalisme là-bas.

Que va –t-il se passer pour les joueur après l’Asian Cup ?

Chacun va retourner dans son club. En mars, ils vont commencer à préparer les éliminatoires de la CM 2018, avec un match amical à la date FIFA.

Croyez-vous aux chances d’un club émirati dans les deux compétitions continentales de clubs en 2015 ?

Oui, je pense que deux équipes ont leurs chances : Al-Aïn et Al-Ahly. Ce sont deux grands clubs, et 80% de leurs titulaires évoluent en équipe nationale.

Quoi d’autre ?

Il n’y a qu’un seul problème pour les joueurs locaux aux Emirats, s’ils veulent aller en Europe. C’est le fait qu’ils sont à l’aise financièrement. Ils ont de bons salaires et ne courent pas après des salaires supérieurs. Et puis, dans le football arabe, les stars ou présumées vedettes pensent que seules leurs jambes suffisent. Mais je crois qu’ils devraient comprendre que cela passe aussi par un changement de mentalité, un mental fort pour s’adapter à un autre environnement. Aux Emirats et dans les pays alentours, les joueurs ont la vie facile. Si Omar ou Ami Mabkhout partent en Europe, ils ne toucheront probablement pas les salaires qui sont les leurs aux Emirats. Cela peut être un problème. Mais en contrepartie, ils deviendraient célèbres ailleurs que chez eux et dans un championnat pro européen. »
@Samir Farasha, à Sydney