Rencontré à Nouakchott à l’occasion des FFRIM Awards, le sélectionneur français des Mourabitounes depuis l’automne 2014 évoque ses responsabilités et sa méthode, à quelques jours de disputer le CHAN au Maroc. Un entretien conduit conjointement avec notre consoeur de RFI, Annie Gasnier, animatrice de Radio Foot Internationale.

«Corentin bonjour, vous serez sur le banc, le 13 janvier à Casablanca, pour le match d’ouverture du CHAN. Comment se prépare-t-on à cet évènement ?
On a cette chance de jouer notre tout premier match face à l’un des favoris de cette compétition. On les a joués il y a quelques semaines en amical, on avait perdu (4-2) face à une équipe avec un gros collectif et beaucoup d’automatismes déjà. On sait que ce ne sera pas un match facile, tout comme le seront les suivants contre la Guinée et le Soudan.

Comment jugez-vous l’adversité dans votre groupe justement ?
On vient d’évoquer le Maroc. La Guinée a éliminé le Sénégal (5-0) au retour après avoir perdu 3-1, donc c’est une équipe qui marque beaucoup de buts, avec un gros potentiel offensif. Ce sera sûrement un match très compliqué. Le Soudan est une équipe qui est pratiquement l’équipe A avec des joueurs qui se connaissent très bien. Mais pour nous, tous les matches sont difficiles. Donc, on essaie de bien se préparer pour montrer un bon visage du football mauritanien.

Mourabitounes en stage (photo FFRIM)

Mourabitounes en stage (photo FFRIM)

Quel est l’objectif dans cette compétition ? La Mauritanie a disputé le CHAN 2014 sous la conduite de votre compatriote Patrice Neveu et n’avait gagné aucun match.
On essaie toujours de progresser et de faire mieux que la fois d’avant. Au minimum, ce sera de prendre un point. Mais j’ai l’habitude de dire aux joueurs, et quel que soit l’adversaire, qu’il fauat être ambitieux à chaque match et faire le maximum pour réaliser des exploits. Ce sera le cas encore. On essaiera de prendre des points dès le match contre le Maroc. On a tous envie de se qualifier pour le 2e tour en sachant que ce sera très difficile.

Vous avez entamé début décembre votre préparation au CHAN, avec pas moins de huit clubs du championnat représentés dans le groupe. Vous allez chercher le talent partout ?
Pour notre premier stage au Sénégal, sur les installations de Diambars, on avait pris 23 joueurs. Il y a des nouveaux venus, dont deux gardiens. Pour élargir la liste, on a vu énormément de matches ici, on a essayé de sortir les meilleurs de chaque club. J’ai ensuite organisé deux rassemblements avec deux oppositions pour les observer un peu mieux. Et maintenant, sur le stage, on les a revus. J’avais dit aux joueurs après la qualification pour ce CHAN, et alors qu’on se rendait au Tournoi de l’UFOA, que je ne promettais aucune place à personne, même à ceux qui avaient pris part à la qualification. Je leur ai rappelé que je serais très attentif à leurs performances en clubs. Il y a des joueurs qui jouent moins depuis, ou qui se montrent. J’essaie de voir où est le talent pour nous faire gagner des matches.

La forme du moment et le talent vont prévaloir au moment d’établir la liste…
Je ne dirais pas que c’est la forme du moment ; la complémentarité c’est sûr. Il peut y avoir des joueurs en forme mais qui n’ont pas cette expérience des matches internationaux. Donc certains ont un temps d’avance par rapport à d’autres. Je ne ferme la porte à personne.

Le Calendrier de la Mauritanie au  CHAN  (photo FFRIM)

Le Calendrier de la Mauritanie au CHAN (photo FFRIM)

Il y aura beaucoup de galops d’essai d’ici le CHAN ?
On a livré deux oppositions au Sénégal, contre des clubs comme Diambars. Et puis par la suite, on va se préparer fin décembre début janvier avec trois matches amicaux, en Tunisie. Je donnerai une liste prochainement de 30 joueurs pour en conserver 23 à l’arrivée. Il faudra que les joueurs soient prêts physiquement pour aborder ce tournoi.

Quel type de sélectionneur êtes-vous ? Résidez-vous sur place ? Comment suivez-vous le football local ?
Je suis un sélectionneur qui est souvent en voyage, puisque j’ai la responsabilité des A et des locaux.Pour les A, ils sont éparpillés et je me déplace pour eux. Je ne réside pas en Mauritanie. Depuis fin mai cependant, j’ai passé un mois seulement en France environ. Aujourd’hui, je dois aller partout, je réside nulle part et partout. Sur le week-end, on peut voir six matches localement et donc beaucoup de joueurs.

La Mauritanie est aujourd’hui autour de la 90e place FIFA. Elle a figuré il y a quelques années vers la 200e, ce qui signifie qu’elle a progressé. Comment passez-vous d’une équipe (A) aux locaux ?
La difficulté pour un sélectionneur avec la A, c’est de regarder les expatriés et d’évaluer les joueurs locaux. Ce n’est pas toujours simple. Je le fais en mon âme et conscience, j’essaie de leur donner la même priorité. Les deux premières saisons, j’avais 70% de locaux et 30% d’expatriés, et aujourd’hui cela s’inverse chez les A. Sans compter qu’entre le premier match éliminatoire de CHAN et le dernier, j’ai perdu quatre joueurs qui ont signé en Algérie et au Maroc. C’est bien aussi parce qu’à travers ces matches-là, cela permet à des joueurs de se valoriser et ça profite à la sélection.

 Mourabitounes face à Diambars (photo FFRIM-


Mourabitounes face à Diambars (photo FFRIM-

La Mauritanie n’a encore jamais participé à une CAN. Pensez-vous qu’avec la réforme et le passage à 24 équipes, vous avez vos chances pour Cameroun 2019 ?
Bien sûr, ça nous donne des chances supplémentaires même si les quatre pays qui figurent dans le groupe pensent la même chose ! Il faudra terminer à l’une des deux premières places pour se qualifier pour la première fois.

Vous avez bien commencé…
C’est vrai, on est allé battre le Botswana chez lui. On recevra le Burkina en septembre prochain. On a une victoire qui nous donne de la confiance. Il faut enchaîner. On jouera aussi l’Angola. Ce sera une belle fête, ce match chez nous contre le Burkina Faso. A nous de gagner le match.

Les clubs mauritaniens (FC Nouadhibou en C2, ASAC Concorde en LDC) effectuent leur retour en 2018 dans les coupes des clubs. Est-ce un élément positif pour vous ?
Quand j’ai appris ça, j’étais très content. Ce sont les matches de haut niveau qui font avancer, y compris la coupe arabe des clubs. C’est très bon que les clubs s’y inscrivent de nouveau, pour la progression et l’expérience des joueurs. »

@Samir Farasha, à Nouakchott, avec Annie Gasnier (RFI)

Les 23 Mourabitounes locaux convoqués par Martins au Sénégal :

Gardiens (3) : Souleimane BRAHIM (FC Nouadhibou), Namori DIAW (ASC Kédia), Mohamed Salem SIDI (FC Teïssir)



Défenseurs (8) : Sidi Mohamed BILAL « N’GARA » (FC Tevragh-Zeïna), Oumar MANGANE (FC Nouadhibou), El Hassen HOUEIBIB (AS Garde), Djibril EBYAYE (ASC Tidjikja), Lemrabott EL HACEN (FC Nouadhibou), El Mostapha DIAW (FC Tevragh-Zeïna), Mohamed WADE (FC Nouadhibou), Soukrana MHAIMID (ASC Tidjikja)

Milieux (7) : Djiby DIOP (ASAC Concorde), Mouhsine BODDA (ACS Ksar), Abdou M’BARK EL ID (ASAC Concorde), Yacoub KERDIDI (ASC Tidjikja), El Hassen TEGUEDI (ASC Tidjikja), Abdoulaye GAYE « PALAYE » (FC Nouadhibou), Yassin CHEIKH EL WELY (FC Nouadhibou)



Attaquants (5) : Moulaye Ahmed KHALIL « BESSAM » (FC Nouadhibou), Karamokho TRAORÉ (FC Tevragh-Zeïna), Ely Cheikh SAMBA EL VOULANY (FC Nouadhibou), Homeye TANJY (ASC Tidjikja), Mohamed M’BARECK (ASAC Concorde)