Nous débutons cette deuxième semaine consacrée aux héros d’un jour en nous attardant sur un personnage hors du commun : le Tunisien Hedi Ben Rekhissa, qui entra dans la légende lors d’une finale de Coupe des clubs champions en 1994 face au Zamalek. Souvenez-vous…

L’AVANT-MATCH. Le natif de Kerkennah, né en 1972, s’est fait connaître au tout début des années 1990, après avoir vécu quelque temps du côté de Marseille, semble-t-il. De père tunisien et de mère algérienne, Hedi impressionne déjà par sa carrure imposante, qui le conduit naturellement à jouer au basket. Il passe une partie de son adolescence en France avant de rentrer à Tunis à 16 ans. C’est tout naturellement qu’il rejoint les rangs des équipes de jeunes de l’Espérance de Tunis. A 18 ans et demi, il intègre même le groupe pro, et débute lors du derby face au Club Africain. Sans surprise, il est vite appelé en équipe nationale juniors. En 1993, il fait partie de la jeune équipe de Tunisie qui dispute les Jeux Méditerranéens. Moins d’un an plus tard, il est appelé chez les Aigles de Carthage où sa carrure (1m96), sa présence physique et dans le jeu aérien en font un défenseur précieux, à gauche ou dans l’axe. En décembre 1994, il fait partie de l’équipe de l’Espérance qui défie le Zamalek en finale de la Coupe des champions. Son destin va bientôt basculer, mais il ne le sait pas…

LE MATCH. Après le nul à l’aller (0-0), les Sang et or ont nettement la faveur des pronostics face au Zamalek de l’Autrichien Alfred Riedl. La pression est intense puisque la Tunisie digère alors l’échec de cette CAN qu’elle a organisée quelques mois plus tôt, et terminée pour elle à l’issue du premier tour. Une victoire adoucirait l’amertume d’un public qui n’a pas évidemment pas aimé voir sa sélection sans ressort. Hedi Ben Rekhissa, alors âgé de 22 ans, va justement profiter de cette finale à El-Menzah pour casser la barraque. Avec lui, c’est la jeunesse à l’Espérance qui va prendre le pouvoir sur le terrain. Aligné dans un rôle de piston au milieu, il gratte les ballons et se projette vite dans le camp adverse. Il est soutenu par Sirajeddine Chihi et Ben Neji, le capitaine de Taraji. Après un quart d’heure, Ben Rekhissa, surnommé « Balha » par le petit peuple, ouvre la marque de la tête sur un corner frappé par Ayadi Hamrouni. En seconde période et après le penalty marqué par Ben Neji, Balha inscrit le troisième but après un contre de Hamrouni. Même si le Zamalek sauve l’honneur (3-1), l’Espérance décroche sa première couronne africaine, un titre après lequel le club court depuis 1971. Et son héros est un jeune homme de 22 ans que rien n’effraie. L’hebdomadaire français « France Football » consacrera à Ben Rekhissa et à cette finale une page, avec un titre qui en dit long sur l’impact du joueur : « Balha met l’Espérance sur orbite »

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L’APRES. Balha sera des triomphes de son club en Supercoupe d’Afrique en Coupe afro-asiatique. Il domine tellement la scène qu’il est sacré meilleur joueur arabe en 1995. On le retrouve à la CAN 1996, parmi les joueurs cadres de Henry Kasperczak, numéro 5 dans le dos. Buteur contre le Mozambique au 1er tour, il aide les Aigles de Carthage à se frayer un chemin jusqu’à la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Malgré la défaite 0-2 contre les Bafana Bafana sud-africains, il fait partie des révélations de la compétition. Déjà, on se plait à l’imaginer dans un club en Europe et, pourquoi pas, à la CDM 1998 en France… Parfois, dans le hall de son hôtel à Port Elizabeth, la base de la Tunisie lors du 1er tour de cette CAN, on se souvient de l’avoir croisé, vêtu en civil plutôt qu’en survêtement. Rebelle toujours. Mais immensément sympathique et très charismatique. Le 4 janvier 1997 pourtant, Balha décède au stade Chedly-Zouiten, fauché par un arrêt cardiaque alors que l’Espérance défie l’Olympique Lyonnais. La Tunisie, et même le monde du foot arabe, vont pleurer ce jeune homme doué et d’une grande simplicité, parfois un peu rebelle aussi. Et qui aura livré environ 150 matches, club et sélection confondus, en moins de six ans pour bâtir sa légende. Ceux qui l’ont approché et connu lui attribuent une personnalité à part. Il est toujours perçu un joueur à part que les supporters de Taraji, y compris les plus jeunes, continuent d’honorer plus de vingt ans plus tard lors de gigantesques tifos. Ben Rekhissa était promis à un fabuleux destin, lui qui incarnait un football libre et engagé. Il n’avait pas 25 ans…

@Samir Farasha