Depuis une semaine, 2022mag consacre une série originale aux grands gardiens de but du football arabe. La huitième étape est consacrée à l’Algérien Boubekeur, pro en France avant de devenir le dernier rempart de l’équipe du FLN et le premier de l’Algérie indépendante.

Avant l’ère des indépendances, le football français a très largement profité du talent des joueurs nord-africains, qu’ils soient algériens, marocains ou tunisiens, à l’instar d’un Larbi Ben Barek. Ce que l’on sait moins, c’est que plusieurs gardiens de but ont fait partie de ces éléments. Il y eut le géant moustachu Abderrahmane Ibrir (Bordeaux et Toulouse) qui en 1949-50 détrôna en leur temps Vignal et Darui, qui portaient le maillot bleu de l’équipe de France. Quelques années plus tard, il devait être imité par un autre talent algérois, Abderrahmane Boubekeur, lui aussi aux portes de la sélection bleue avant d’embrasser le destin d’un joueur de l’équipe du FLN, alias l’équipe de la « liberté ». Mais n’allons pas trop vite en besogne.

Intéressons-nous au début de son histoire. Né en 1932, cet Algérois du quartier de Bologhine (côté mer donc) porte fièrement les couleurs de l’ OM Saint-Eugène au début des années 1950 (1950-54), et fait régulièrement parler de lui en Coupe d’Afrique du Nord. C’est un gardien massif mais qui n’existe pas à multiplier les interventions au sol ou dans les airs. Un gardien « volant » comme certains clichés de l’époque l’illustrent, souvent mains nues. Les photos le montrent aussi avec une genouillère omniprésente sur la jambe droite, en raison d’un genou en souffrance. 

PremièreéquipeFLN

Il fera partie de la fameuse équipe d’Afrique du Nord 1954, conduite par Ben Barek, victorieuse à Paris des Bleus (3-2), et portera plusieurs fois le maillot de la France B. Entre temps, l’AS Monaco a eu vent des qualités de ce gardien courageux et le convainc de rejoindre le Rocher où il retrouve un autre monstre sacré passé par Saint-Eugène, Mustapha Zitouni. Jusqu’en 1958, Boubekeur est donc fidèle au poste et l’une des meilleurs gardiens de la D1 française. Cette année-là, celle d’une Coupe du monde en Suède à laquelle il aurait pu prétendre. Mais l’appel de la nation fut le plus fort et, comme plusieurs dizaines de joueurs algériens, il rejoint l’équipe de la Liberté, appelée à faire le tour du monde, et basée à Tunis. 

Durant les quelques quatre années d’existence de cette formation entrée dans la légende, il portera à 91 reprises le maillot de l’équipe du FLN, quasi invincible, et qui regroupe les plus grands talents originaires d’Algérie comme Rachid Mekhloufi.

Quand l’indépendance de l’Algérie est proclamée, et contrairement à certains de ses amis et coéquipiers de la glorieuse équipe de la Liberté, Boubekeur décide de rester au pays. Il a trente ans révolus et s’engagera avec l’USM Alger, son rival, avec un titre de champion 1963 à la clé… face au MC Alger (3-0) ! Il finira sa carrière au MCA.

Sans surprise, Boubekeur est titularisé lors du tout premier match officiel de l’histoire de l’Algérie indépendante, le 6 janvier 1963 dans la capitale. Il fait partie de l’équipe vainqueur de la Bulgarie 1-0 et accumulera dès lors 13 capes officielles sous les couleurs du pays. Sa dernière apparition aura lieu en novembre 1964 au cours d’un amical contre l’URSS (2-2) de Lev Yachine, un gardien de but de légende auquel il a souvent été comparés, tant dans l’allure que dans les qualités naturelles.

Déjà, les beaux jours de Boubekeur sur un terrain sont terminés et l’Algérois va devoir penser à sa reconversion. Elle se fera sur les bancs, comme beaucoup, en tant qu’entraîneur. A l’USMA, au Nasr Hussein Dey et à la JET (JSK), sa dernière expérience en 1976. Ce joueur extraordinaire, qui faisait la fierté du football algérois et surtout algérien, s’est atteint dans la région de Nice, en 1999, alors qu’il était en congés en France.

Pour de très nombreux nostalgiques, Boubekeur a longtemps incarné l’Algérie qui gagnait sur tous les continents, élément exemplaire dans le but et mieux considéré que le Mondialiste Mehdi Cerbah par exemple. L’avènement d’un Raïs Mbolhi, qu’il n’aura donc pas connu, lui offre de façon posthume un bien bel héritier au poste, solide, discipliné, exigeant et parfois tout aussi spectaculaire que son aîné.  

@Samir Farasha

Demain, le neuvième épisode de cette saga des grands gardiens arabes s’arrêtera sur le destin incroyable de l’Egyptien El-Hadary, et reviendra sur sa longévité incroyable.