Depuis une semaine, 2022mag consacre une série originale aux grands gardiens de but du football arabe. Le dixième épisode de cette saga est aujourd’hui consacré au champion d’Afrique en titre, l’Algérien M’bolhi.

Si l’Algérie a fait preuve d’une solidité défensive exemplaire et n’a concédé que deux buts (en sept matches) lors de sa conquête de la CAN 2019 en Egypte, elle le doit aussi et pour beaucoup à son dernier rempart, Raïs M’bolhi. A 34 ans, le natif de Paris n’a jamais paru aussi fort et aussi sûr de ses qualités que depuis deux ans.

De père congolais et de mère algérienne, Raïs a grandi avec sa mère après la séparation de ses parents. Drôle de destin que celui de ce longiligne gardien d’1m90 passé dans les équipes de jeunes au Racing de Paris jusqu’à l’âge de seize ans. Avant d’emprunter la route du sud pour rejoindre l’Olympique de Marseille et son centre de formation.

Rais M'bolhi

Rais M’bolhi

Fin 2005, et peut-être lassé de n’avoir jamais eu sa chance, M’bolhi quitte le sud pour la froide Ecosse, Edimbourg et les Hearts of Midlothian. Mais là non plus, arrivé au mercato d’hiver, il n’aura droit à aucun match. Il s’engage donc très vite avec Ethnikos du Pirée (D2 GRE) avant de signer un an plus tard pour le Panetolikos (D3 GRE). C’est alors qu’il reçoit l’offre la plus originale qu’il soit : un transfert en D3 japonaise, au FC Ryükyü sur l’ile d’Okinawa (2008). Son entraîneur, qui a signé deux autres jeunes, n’est autre que Philippe Troussier, l’ancien coach de l’OM, qui l’a connu lors de son passage sur le banc phocéen. Enfin titulaire, M’bolhi prend son envol. Au printemps 2009, il est recruté par le Slavia Sofia (D1 BUL). Six mois plus tard, il est nommé meilleur gardien du championnat. Il multiplie les essais comme à Manchester United ou West Ham mais ne sera pas signé. Etonnamment, le Slavia le prête au CSKA Sofia, avec lequel il s’impose et jouera même en Coupe de l’UEFA. 

C’est à peu près à la même période que M’bolhi, international français dans les catégories de jeunes, est convoqué par le sélectionneur algérien Rabah Saadane en vue du stage de préparation à la CDM 2010 en Afrique du Sud. Convaincant, il est intégré dans le groupe final.

Après la défaite contre la Slovénie (0-1), Saâdane l’aligne dans le but à la place de Chaouchi, peu convaincant et capable de sautes de concentration. M’bolhi est aligné face à l’Angleterre (0-0) où il se montre décisif, et ne craquera que dans les dernières secondes face aux Etats-Unis à Pretoria (0-1). L’Algérie s’est trouvée un gardien et ne va plus le lâcher !

La carrière en club de Raïs continue d’être soumise à des soubresauts : il multiplie les expériences (Krylia Sovetov, retour en Bulgarie au CSKA, Gazelec Ajaccio, Philadelphia Union, Antalyaspor, Rennes) entre 2010 et 2018. Sans jamais se fixer. La CDM 2014 au Brésil – huitième de finale et de grosses performances sur le plan personnel- lui permet de connaître une courte expérience en MLS nord-américaine. Naturellement, pour demeurer compétitif et titulaire en sélection, il lui faut jouer. A partir de janvier 2018, il rejoint l’Ettifaq Dammam (D1 saoudienne) qu’il n’a pas quitté depuis et avec lequel il est lié jusqu’en juin 2021.

mbolhi-al-fettifaq

 En sélection, il est écarté après la CAN 2017, terminée dès le premier tour. L’arrivée sur le banc du sélectionneur Djamel Belmadi (aout 2018) coïncide avec son rappel près d’un an après sa dernière sélection. Un choix capital et décisif puisque Raïs, calme, discipliné, est souverain dans sa surface de réparation. La dernière CAN démontre ses progrès, dans le commandement d’une défense mais aussi dans la concentration. Meilleur gardien de la CAN (meilleur joueur de la finale aussi), il apparaît aujourd’hui comme le digne successeur d’une belle lignée de gardiens en Algérie, depuis Ibrir, Boubekeur, en passant par Cerbah, Drid, Osmani, Haniched, Gaouaoui. Il n’a sans doute pas terminé de rendre d’estimables services à la sélection nationale. Après avoir disputé deux phases de coupes du monde (2010, 2014), il ne fait aucun doute qu’il aimerait boucler la boucle en 2022 au Qatar, avec une équipe d’Algérie qui n’a jamais paru aussi forte collectivement, aussi solide défensivement. Et surtout, aussi équilibrée tactiquement. M’bolhi se prépare donc en conséquence pour faire partie de cette nouvelle aventure.

@Samir Farasha

Demain, le 11e et avant-dernier épisode de cette grande saga consacrée aux gardiens de but s’arrêtera sur la carrière du Saoudien Mohamed Al-Deaeya, qui a participé à quatre Coupes du monde et décroché près de 180 sélections.