Dans cette deuxième partie de l’entretien Sofiane Feghouli évoque avec gourmandise la CAN 2015 en Guinée-Equatoriale. S’il laisse le statut de favoris à d’autres, l’international algérien insiste sur l’état d’esprit de ses coéquipiers et leur volonté de battre des records.

 

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CAN 2015:   » Nos joueurs ont vraiment faim « 

En raison d’une qualification presque “facile” l’Algérie est présentée comme l’un des favoris, sinon le Favori, pour le titre continental en Guinée Equatoriale. Le groupe est-il conscient de cette responsabilité ?

Depuis le Mondial, notre image a changé. La sélection gagne le respect petit à petit.On se sait attendus et présentés comme les favoris. Mais je préfère souligner qu’il n’y a pas de victoires faciles en Coupe d’Afrique même si nous avons remporté cinq matchs de suite. En Ethiopie et au Malawi, ce fut même très difficile. Si nous avons gagné sans pour autant faire de grands matches, nous avons su être efficaces. Je ne veux pas nous considérer comme le favori de la CAN. Il y a des équipes mieux armées que nous. Je pense à la Côte- d’Ivoire et au Cameroun. Ces équipes ont beaucoup plus d’expérience et savent gérer des matches dans une compétition africaine. Mais attention, même si l’on sait que ce sera difficile, nous irons là-bas avec la volonté d’aller au bout.

A ce sujet, que dites-vous aux supporters algériens dont l’optimisme est à la hauteur de la passion qu’ils portent pour le football…

– Le foot est partout en Algérie. Dans la rue, à la télévision. Les gens nous suivent à l’étranger. La passion est extraordinaire. Nous sommes fiers de ça et cela nous pousse à faire mieux. Ce que je peux dire à nos fans, c’est que nous irons en combattants comme nous l’avons toujours fait. Je suis à l’intérieur du groupe et je peux dire que je vois des joueurs qui ont faim, qui veulent réussir et démontrer que nous sommes une nation respectable et en devenir. Ils veulent battre des records. On ne pourra pas nous reprocher notre état d’esprit.

 On suppose qu’en raison de la proximité géographique et des liens particuliers existant entre l’Algérie et le Maroc, vous auriez aimé disputer la prochaine CAN dans ce pays. Vous en avez parlé au sein de la sélection?

Nous avons tous été très déçus. Nous étions préparés à jouer la Coupe d’Afrique au Maroc et puis il y a eu ce changement de dernière minute. Nous aurions aimé la jouer dans ce pays voisin et frère, dans des conditions similaires à celles de l’Algérie. Nous aurions joué dans de très beaux stades, dans un beau pays offrant d’excellentes conditions. Nos supporters seraient venus en masse. Cela nous aurait offert des conditions optimales pour réaliser un grand tournoi. Le destin en a voulu autrement. Cela ne va pas nous empêcher d’aller en Guinée Equatoriale avec la même volonté de réussir.

 

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Le seul titre de l’Algérie remonte à 1990, cela commence à faire long. Tout à l’heure, vous parliez de record: avez-vous envie de “casser” ce record négatif ?

On n’a pas le choix. Nous avons commencé très fort et mis la barre haute en nous qualifiant pour la première fois en huitième de finale de la Coupe du monde, à deux doigts d’aller en quart de finale. C’était un record. En remportant cinq matchs sur six dans les éliminatoires de la CAN 2015 nous en avons battu un autre. En Guinée Equatoriale nous aurons le même objectif.

Le scénario idéal serait le suivant : vous rapportez le trophée de Guinée et vous le défendez avec le même groupe deux ans plus tard à Alger sachant que l’Algérie à de grandes chances d’organiser la prochaine édition (2017).

– (Sofiane pouffe de rire). Effectivement, ce serait extraordinaire. (Puis redevenu sérieux). Attendez, nous n’avons même pas disputé le premier match de la prochaine CAN !

Feghouli hors-stade  :   « Je suis un humaniste « 

Vous venez de dédicacer votre maillot  à  Othmane Al-Amoudi, une enfant handicapé  d’un camp de réfugiés a Ramallah, en Cisjordanie. C’est un geste fort!

Lorsqu’on m’a parlé de cette demande d’un jeune Palestinien fan de l’équipe d’Algérie et de moi-même, cela m’a beaucoup touché. On sait tous que les Palestiniens vivent dans des conditions difficiles depuis des années et des années. Alors, si moi je peux redonner le sourire à un petit garçon, en lui envoyant ce maillot dédicacé… Il fait partie de ma communauté. C’est mon petit frère.

Justement, la Palestine s’est qualifiée pour la première fois de son histoire à une phase finale de la Coupe d’Asie des Nations (8-29 janvier). Garderez-vous un oeil sur leur aventure ?

Oui, absolument. Je le ferai par curiosité et par compassion. D’abord, je tiens à la féliciter pour cette première. D’autant que cela n’a pas dû être évident pour eux. Je ne sais pas dans quelles conditions ils ont pu se préparer et jouer. Mais j’espère qu’ils continueront à donner de la joie aux Palestiniens qui sont derrière eux comme aux Algériens qui vont certainement les suivre.

 

On vous dit assez sensible à l’injustice : quels sujets hors football vous tiennent-ils à coeur ?

Je suis beaucoup la politique et d’autres disciplines sportives. Si on pense à la Palestine par exemple, c’est un sujet qui m’intéresse en raison de ma religion et avant tout de mon humanisme. Je suis très touché par ce qui s’y passe. Je ne comprends pas comment on peut accepter l’existence de situations aussi dramatiques en 2014. Après, il n’ y a pas que la Palestine. Il existe beaucoup d’endroits où les problèmes perdurent. A y réfléchir, je peux vous dire que plus je prends de l’âge plus je m’écarte du football…

 

A ce point ?

Quand j’étais plus jeune, je ne ratais rien du football. Maintenant que c’est devenu un métier je vois les choses différemment. Pour être franc, il n’est pas sûr que je resterai dans ce milieu à la fin de ma carrière de joueur.

 

Est-ce à dire que vous relativisez l’importance de ce métier ?

– Oui. Le football reste un loisir censé donner du plaisir au public, mais il devient de plus en plus un business. Nous, les joueurs on en profite, c’est vrai. Nous sommes bien payés. Mais lorsque vous êtes quelqu’un de juste, de droit et de sincère, c’est un souci quand même. »

 

@fchehat et Samir Farasha à Valence