Arrivé au Hilal soudanais en décembre dernier, le technicien belge a décidé de rentrer précipitamment en Europe après deux mois seulement passés sur le banc. Il s’en explique ici. En exclusivité pour 2022mag.com.

 

« Patrick, on s’est étonné de vous voir quitter récemment un club, le Hilal Omdurman, avec lequel vous aviez commencé à très bien travailler. Que s’est-il passé ?

Tout a commencé avec une volonté d’ingérence des dirigeants. Je ne supporte pas ça. Imaginez : lors du stage aux Emirats, je travaillais avec un adjoint soudanais et cela se passait bien. Dès notre retour au pays, on me l’a retiré pour en imposer un autre, récusé, puis un autre. Ils m’ont ressorti alors mon contrat, c’était dedans. Alors j’en ai accepté un, mais je ne l’ai pas ménagé.

Ce n’est pas seulement pour cela que vous êtes rentrés ?

Non bien sûr. Ils ont essayé de s’en prendre à mon staff technique (un adjoint, un préparateur physique, un entraîneur des gardiens). On les a logés à trente kilomètres de la ville, dans des endroits vraiment pas terribles. Quelques jours avant de rentrer, on s’est réunis et on a convenu de rentrer. On a juste décidé de jouer le dernier match en Ligue des champions contre le club de Zanzibar. On sentait bien que ça allait partir au clash.

Y a-t-il eu d’autres soucis ?

Juste avant notre départ, les dirigeants nous ont demandé de ne pas accompagner l’équipe pour le match à Kassala contre Al-Merghani, pour des problèmes de sécurité. On a pris contact avec nos ambassades respectives qui nous ont confirmé ce problème.

Pourtant, vous nous expliquiez en début de saison que la préparation à Dubaï s’est merveilleusement déroulée…

Effectivement. Il faut savoir que le président et la moitié du comité directeur du club sont basés à Dubaï. Mais à notre retour, ça s’est compliqué. Sur le plan médiatique, c’était une catastrophe aussi. J’avais fermé les entraînements au public, ainsi qu’aux médias qui n’avaient plus rien à se mettre sous la dent. Ils ont commencé à écrire n’importe quoi, à sortir des couleuvres.

Comment cela s’est-il solutionné ?

Nous nous sommes rapprochés des dirigeants afin de trouver une solution. Il y a eu arrangement à l’amiable. De mon côté, j’ai transmis un communiqué officiel à un journaliste que je connaissais afin que soit connue ma version des faits. Elle a été publiée sans additif. En arrivant, j’avais vraiment le sentiment d’avoir intégré un grand club africain. Sur place, c’était vraiment très compliqué.

Comment cela a-t-il réagi localement ?

Beaucoup n’ont pas compris cette décision. Je dois avouer qu’il y a sans doute certains paramètres que je n’avais pas pris en compte avant de venir. Et puis, je ne suis pas quelqu’un de malléable, on ne décide pas pour moi, on ne m’impose pas les choses. Une fois, le chef de délégation a voulu prendre la parole devant le groupe, je l’ai mis à la porte. Viré. Il faut respecter les entraîneurs. Après, je sais que le président est un homme bien, ce n’est pas sa faute.

Le plus étonnant, c’est que vous n’avez perdu aucun match durant cette période…

On a remporté la Supercoupe contre El-Merreikh et on était en tête du championnat ! Mon bilan est le suivant : 12 matches, 9 victoires, 3 nuls, aucun but encaissé en championnat. Victoire 2-0 contre le club de Zanzibar en Ligue des champions d’Afrique à l’aller. Et j’ai appris que nos successeurs ont trouvé le moyen de perdre là-bas… L’équipe s’est heureusement qualifiée.

Qu’allez-vous faire maintenant ?

Honnêtement, aucun d’entre nous n’avait vu venir ce problème. J’adore travailler en Afrique mais à force, ce genre de problème est lassant. Pour résumer, je pense que ce fut une expérience courte mais avec d’excellents résultats. Après, on a fait le bon choix. Depuis, on a appris récemment qu’il y avait des enlèvements sur place… »
@Samir Farasha