CETTE ANNEE-LÀ…

Qualifiée d’office au titre de championne sortante, l’Algérie se présente au Sénégal, en janvier 1992, avec la ferme intention de poursuivre son règne. La 18e édition va pourtant tourner au cauchemar pour les Fennecs…

Jamais, le stade du 5-juillet d’Alger n’aura connu plus grande émotion que celle ressentie ce 16 mars 1990. Devant son public, l’Algérie décroche cet après-midi-là sa première Coupe d’Afrique des Nations, aux dépens du Nigeria (1-0). Un adversaire déjà terrassé lors de la phase de poule (5-1), et dont la présence est fort symbolique : la première finale continentale de l’Algérie remonte à la CAN 1980, et le Nigeria l’avait survolée (3-0) chez lui à Lagos. Un an plus tard, les Fennecs prenaient une belle revanche sur le sort et s’offraient une qualification historique pour le Mundial 1982 sur le dos des Green Eagles (2-0, 2-1). Ils remettaient même ça pendant la CAN 1982 en Libye (2-1). L’Algérie est sur le toit de l’Afrique et ses clubs aussi : la JS Kabylie va remporter la finale de la Coupe des clubs champions devant les Nkana Red Devils zambiens, en décembre 1990. Ce triomphe porte la marque d’Abdelhamid Kermali, le formidable sélectionneur de ce groupe, mais aussi l’estampille de Rabah Madjer, au sommet de son art. Un peu moins de deux ans plus tard, l’Algérie, qui est entrée dans la décennie noire, celle du terrorisme et de la peur, part défendre cette couronne continentale en terre sénégalaise. La Coupe d’Afrique des Nations, qui rassemblait jusqu’alors huit qualifiés, a entre temps changé de format : il y a désormais douze participants répartis dans quatre groupes de trois. Les deux premiers sont qualifiés. Le sort a désigné dans le groupe C deux équipes solides face aux champions sortants : le Congo, de retour après une absence de douze ans, et la Côte d’Ivoire revancharde, elle qui fut giflée lors du tournoi 1990 (3-0). L’Algérie sera basée à Ziguinchor, en Casamance, tandis que le Sénégal et le Cameroun sont à Dakar. Ceci aura son importance. Pour défendre le titre, Kermali a conservé à 50% l’ossature de 1990 : Osmani le gardien, mais aussi Saïb, Mohamed Rahim, Madjer, Menad, Benhalima, Chérif el Ouazzani, Megharia, Meftah et Nacer Bouiche. Des nouveaux découvrent la CAN comme Tasfaout ou Haraoui.

Comme tétanisés  devant la Côte d’Ivoire…

Avec seulement deux rencontres au premier tour, contre trois auparavant, chaque équipe a l’obligation de bien commencer sous peine de se mettre en difficulté pour la suite. Le 13 janvier, dans la touffeur du stade Aline Sitoe Diatta de Ziguinchor, l’Algérie défie les Eléphants ivoiriens. Yeo Martial, le coach ivoirien, opte pour une formation résolument offensive, avec Abdoulaye Traoré-Joël Tiéhi et Youssouf Fofana aux avant-postes. Les Fennecs ne sont pas en reste, avec Saïb, El Ouazzani, Meddane, Madjer et Bouafia, qui succède à Chérif Oudjani, héros et buteur de la finale 1990. Dès la 13e minute, les Ivoiriens passent devant : débordement puis centre côté droit d’Oumar Ben Salah, repris par son meilleur ami Abdoulaye Traoré au second poteau. Pas un joueur algérien n’a esquissé un geste défensif et le gardien Osmani, comme tétanisé par la chaleur, regarde le ballon finir au fond de ses filets… Après la demi-heure de jeu, les ouest africains doublent la mise. Longue touche d’Aka Kouamé, le latéral droit, pour une tête mal dégagée. Fofana, embusqué, reprend d’une frappe instantanée à ras de terre (2-0). Depuis quelques minutes, l’Algérie joue à dix, après l’expulsion de son latéral Adjas (double carton jaune) coupable d’avoir agressé Ben Salah. Réduite à dix, menée de deux buts, l’Algérie va vainement essayer de revenir à la marque en seconde période. Kermali a fait entrer Liazid Sandjak puis Youssef Haraoui, mais les Ivoiriens font bonne garde. Au contraire, ce sont les coéquipiers de Fofana qui vont corser la mise à la 89e, sur un but du « Eddy Murphy » ivoirien, Joël Tiéhi, d’une frappe croisée. Le coup de massue est terrible pour les champions en titre, d’autant qu’ils n’avaient plus perdu à la CAN contre ces Ivoiriens depuis vingt quatre ans. La lourde défaite condamne obligatoirement l’Algérie à un succès contre le Congo, en espérant qu’il soit battu par les Ivoiriens… Hakim M eddane, après ce match, évoque une équipe « démoralisée » après la sortie de Adjas. Mais aussi un onze algérien « mauvais, qui a été baladé ».

Feu Abdelhamid Kermali

Feu Abdelhamid Kermali

 Kermali,le Cheikh,  courageusement, reconnait avoir échoué

En filigrane, le procès de Kermali n’a pas encore été instruit mais ses choix tactiques et humains seront critiqués. Deux jours plus tard, Ivoiriens et Congolais partagent les points à Ziguinchor (0-0). Les premiers sont qualifiés, avec trois points. La seconde place va se jouer le 17 janvier à Ziguinchor face à ce Congo qui fut toute proche de sortir vainqueur des Ivoiriens. Quatre jours après le Waterloo de Ziguinchor, Kermali a coupé quelques têtes : exit le gardien barbu Osmani, remplacé par Kadri ; la défense est à l’identique (Benhalima, Belatoui, Megharia, Rahmouni). Le milieu est inchangé : Saïb, El Ouazzani et Madjer. L’attaque est confiée à Menad, Bouafia et Bouiche, ce dernier remplaçant Meddane. Usée, vieillie et sans ressort, l’Algérie subit les évènements. Dès la 7e minute cette fois. Pierre Tchibota Zaou ouvre la marque en reprenant une tête de Owomat sur le poteau de Kadri. Juste avant la pause, l’Algérie se remet à hauteur des Congolais, grâce à Bouiche (1-1). Rien n’est encore perdu et ce but redonne un sursaut d’espoir. En seconde période, le gardien congolais Brice Samba senior (le père du Samba gardien de l’OM) repousse tout. Et quand ce n’est pas lui, ce sont des mains congolaises, dans la surface, par deux fois. Tout le monde les a vues, sauf l’arbitre ougandais Yolisigira. L’Algérie, qui a lancé toutes ses forces dans cette ultime bataille, est achevée par un arbitrage pour le moins douteux. « Scandaleux », dira encore Kermali après match. Avec ce nul, l’Algérie est éliminée, un point en poche contre deux au Congo. « L’équipe nationale est à reconstruire. Sans moi. J’ai échoué. J’annonce ma démission » lâche le sélectionneur des Fennecs. L’échec de l’Algérie est le sien, tout comme la victoire de 1990 avait été la sienne. Les supporters ont peine à reconnaître un Madjer vieillissant et hors de forme, qui annonce sa retraite. « je me sens une grande responsabilité dans cette déroute », endosse le légendaire N°10 algérien. Le magicien est redevenu un joueur ordinaire. Après être revenu sur sa décision, à la demande du Ministre de tutelle, Kermali confirmera son départ. Dans la coulisse, les règlements de compte font rage. L’Algérie s’entredéchire et doit pourtant vite préparer le Mondial 1994 et la CAN 1994. Elle ne sera pourtant ni à l’un ni à l’autre. Ecartée par le Ghana d’Abedi Pelé dans la course à USA 94. Disqualifiée par la CAF –malgré sa deuxième place en poule derrière la Sierra Leone- pour avoir aligné un joueur suspendu –Mourad Karouf- expulsé lors du match précédent. Une faute qui incombe évidemment au sélectionneur Meziane Ighil. C’est donc le Sénégal, troisième, qui prend sa place. Et il faudra attendre 1996 pour revoir les Fennecs briller à la CAN, où ils atteindront les quarts contre l’Afrique du Sud, le futur vainqueur…

 @Samir FARASHA