Présent dans le championnat saoudien depuis 2018, l’expérimenté avant-centre camerounais Léandre Tawamba (31 ans) a accepté de livrer ses réflexions sur cette compétition méconnue qui reprend cette semaine. Heureux et épanoui à Al-Taawoun, où il a prolongé jusqu’en 2024, il espère désormais que ses performances lui vaudront un rappel en sélection, à quelques mois de la CAN organisée par son pays. Un entretien exclusif pour 2022mag.

« Léandre, vous avez fini 4e du championnat la saison passée avec Al-Taawoun, à l’issue de ce qui était votre 3e saison en Arabie saoudite. Etait-ce une déception d’être derrière Hilal, Shabab et Ittihad ?

Après 3 saisons passées avec mon club, j’ai toujours participé à ce que nous soyons dans le top 5 du championnat, ce qui pour ce club est un exploit. Ajoutez à cela deux finales jouées pour une gagnée ! Connaissant mon club et les moyens donc nous disposons, je ne peux pas parler de déception même si à chaque fin de saison nous nous disons que nous aurions pu faire mieux. Je reste un joueur très ambitieux mais je dois accepter les réalités de mon club qui progresse chaque saison.

EXkwbxXWkAEeoNyLa saison dernière, vous avez terminé dans le top 10 des meilleurs buteurs du championnat avec 13 réalisations. Satisfait ? Il y a 2 ans, vous aviez atteint le chiffre de 21 buts…

Oui, je suis satisfait de ma saison. Mais pas du nombre de buts avec lequel j’ai fini. La saison 2019-20 avait été très « turbulente » pour moi. J’ai été blessé en début d’année 2020 puis il y a eu l’irruption de la pandémie du Covid-19 puis des mésententes avec mon club concernant ma prolongation de contrat. Pour moi la saison 2020-21 comportait plusieurs objectifs. En plus de marquer des buts, je voulais retrouver mon niveau physique, regagner la confiance de mes dirigeants et des supporters, redorer l’image du club qui a frôlé la relégation sans moi. Ce que j’ai bien fait à l’arrivée !

Quel est le niveau selon vous de ce championnat qui s’est beaucoup développé, sachant que vous avez des points de comparaison après avoir évolué en Afrique du Sud, en Slovaquie, en Libye, au Kazakhstan et en Serbie avant d’arriver ?

C’est un championnat très relevé mais qui pour moi est sous-estimé, sous-coté par certains médias. Ces dernières années, le championnat saoudien a connu beaucoup d’investissements en infrastructures, communication, relationnel et même avec l’arrivée de joueurs internationaux qui ont vraiment rehaussé le niveau de la compétition.

 

Quelles sont les caractéristiques du championnat ? Technique, physique ? C’est un championnat qui s’appuie aussi sur beaucoup d’étrangers sur les bancs et sur le terrain…

Le championnat saoudien, je l’ai déjà dit, est très relevé physiquement et techniquement. Je dirais même tactiquement avec l’apport de joueurs de qualité et jeunes mais aussi et surtout grâce aux différents entraîneurs qui officient sur les bancs.

Cette saison, vous repartez justement un nouveau coach après avoir travaillé avec Patrice Carteron, qui a préféré revenir en Egypte, au Zamalek, en cours de championnat…

Je commencerai déjà par évoquer Patrice Carteron qui m’a beaucoup marqué et est resté un ami après son départ. Effectivement, j’ai un nouveau coach en la personne de Nestor Maestro qui est peut-être le plus jeune technicien du championnat si je ne me trompe. Mais il fait valoir une bonne expérience du plus haut niveau puisqu’il a travaillé dans le championnat allemand, l’un des meilleurs pour ne pas dire le meilleur championnat du monde à mon avis. Nestor a une forte culture tactique et insiste beaucoup sur la condition physique parce qu’il aime bien presser haut.

Al-Taawoun compte cette saison 5 étrangers, dont trois Brésiliens. C’est un championnat où on aime énormément les Brésiliens, non ?

Oui actuellement nous sommes cinq étrangers à figurer au sein de l’effectif du club, dans nos rangs : un Burundais, trois brésiliens et moi ! Les brésiliens au cours des années ont prouvé avoir leur qualité et ce à tous les postes. Ce qui rend normal à mes yeux le fait de les retrouver si nombreux dans tous les championnats du monde. Notre championnat n’échappe pas à cette tendance. A titre personnel, je suis heureux et fier de ces coéquipiers brésiliens, avec qui nous prenons du plaisir à évoluer saison après saison.

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Quelles sont les ambitions de votre club cette saison ?

Les ambitions de mon club sont naturellement de progresser et de pouvoir faire partie du top 5 en espérant gagner une place en Champions League asiatique. Et pourquoi pas un ou deux trophées !

Racontez-nous, c’est comment la vie d’un joueur pro, étranger de surcroit, dans le championnat saoudien ? 

Ma vie en tant que joueur professionnel ici se résume à peu de choses pendant la saison et particulièrement avec le style de vie saoudien qui est plus » familial » que d’autres. Je passe beaucoup de temps après les entraînements à me reposer, surtout dans une ville aussi calme que Buraydah. De temps à autre, je dine avec des amis saoudiens, question de socialiser et apprendre la culture saoudienne qui pour moi renferme des habitudes très fortes pour le développement social et national.

La situation sanitaire est-elle pesante ?

La situation sanitaire a été très pesante au début mais après un certain temps, les autorités saoudiennes se sont beaucoup investies pour gérer au mieux cette situation. Ce qui a permis que la compétition reprenne et que les spectateurs puissent retrouver les tribunes des stades.

Evidemment, le championnat saoudien est réputé pour offrir de bons salaires aux joueurs. Mais est-ce que vous recommanderiez cette compétition à des Africains ? Si oui, pourquoi ? La passion est-elle importante ?

Moi, j’ai toujours été passionné de foot et pour avoir compris que le niveau d’un championnat dépendait beaucoup plus de la qualité des joueurs qui y participent, j’ai décidé d’aller là un peu partout. Depuis trois ans, je suis en Arabie saoudite (il a prolongé jusqu’en 2024). Je recommande bien sûr aux joueurs du monde entier, et pas seulement Africains ou camerounais, ce championnat pour des raisons que j’ai évoquées ici.

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Avez-vous déjà croisé le sélectionneur saoudien, le Français Hervé Renard ? 

Hervé Renard est un entraîneur que j’ai beaucoup suivi pendant son parcours africain. Mais je n’ai pas encore eu l’opportunité de le rencontrer.

Dernière question, vous en êtes où avec les Lions indomptables ? Le coach Toni Conceiçao et son staff sait—il ce que vous réalisez en Arabie saoudite ?

Je suis et reste un joueur sélectionnable pour mon pays et je travaille chaque jour pour être prêt au moment où cela arrivera. Parce que pour moi, l’objectif a toujours été de jouer en équipe nationale. Ce que j’ai fait avec les catégories inférieures jusqu’en sénior. Et tant que je serais en activité, mon objectif restera le même. Je pense qu’aujourd’hui, avec la technologie à sa disposition, le sélectionneur camerounais doit connaître la majorité des joueurs sélectionnables et particulièrement ceux qui font parler d’eux par leurs statistiques. Après, chaque entraîneur a sa vision et un style de joueurs recherchés pour un système de jeu à mettre en place. J’espère que viendra un moment où je serai le style de joueur recherché par le sélectionneur camerounais ».

Propos recueillis par @Samir Farasha