Opposé à l’Algérie ce dimanche après-midi à Radès en match de préparation, Syam Ben Youssef, basé en Roumanie s’est longuement confié à 2022mag.com avant de partir avec les Aigles de Carthage.

 

« Syam, vous affrontez tout à l’heure l’Algérie en match de préparation à Radès. Que ressentez-vous ?

Ma mère est algérienne, mon père tunisien. Et moi citoyen du monde, Roumain, Marseillais, Français ! Ma mère m’a dit quand même qu’elle sera pour son fils. Plus que le match, c’est pour moi une affaire familiale, cela me fait un énorme plaisir de jouer contre eux. Je veux passer le bonjour à tous, Algériens, Tunisiens et à mon entourage. Et que le meilleur gagne !

Que représente pour vous cette première participation à la Coupe d’Afrique des Nations ?

C’est effectivement la première. J’avais été présélectionné parmi les 26 pour l’édition 2010 mais on ne m’a pas gardé. Là, c’est super !

C’est forcément un plaisir pour vous de vous retrouver parmi les Aigles de Carthage, avec lesquels vous avez pris une part importante à ces éliminatoires…

C’est une fierté de disputer une compétition internationale avec son pays. Ca n’a pas été facile car on était tombés dans un groupe relevé avec l’Egypte et le Sénégal. Après, on a su gagner les bons matches et terminer premiers. Ca a été un grand bonheur, on a rendu le sourire aux gens en Tunisie.

A partir de quel moment vous êtes-vous dit « on a bien enclenché la qualif ? »

C’est sûr qu’en battant l’Egypte chez elle (1-0) on en était conscient qu’on avait fait un pas important, on avait alors deux victoires. Après, on a battu le Sénégal au retour après avoir fait nul chez lui. Là, on savait que c’était presque fait avec 10 points. Quand Ferjani Sassi a mis le but contre le Sénégal, on s’est dit « c’est bon, on y va ! ».

On a vu toute la solidité défensive des Aigles face au Sénégal et un gardien, Balbouli, intouchable. C’est une de vos forces…

On a encaissé que deux buts en six matches. Sur les derniers amicaux on en a pris peu aussi contre la Corée et la Belgique. C’est gratifiant pour un défenseur. C’est le travail de toute l’équipe, pas seulement de la défense. Quand vous voyez des gars comme Chikhaoui ou Khazri se taper pour défendre, ça nous motive encore plus. J’espère que cela va continuer.

Quel est l’objectif pour cette CAN : sortir de la poule ou plus, beaucoup plus ?

On ne va pas se mentir : nous, on y va pour la gagner. Pas pour faire de la figuration. Après, je n’ai pas dit qu’on va la gagner. On a un groupe piège. Sortons du groupe, et après ce sera du 50-50 à partir des quarts. On a la capacité pour le faire. Après, il y aura des conditions, ce ne seront pas les mêmes que si ça s’était joué au Maroc. Il faudra être fort. Mais c’est possible d’aller loin.
Qu’est-ce qui vous inquiète avec le Cap Vert, la Zambie et la RD Congo ?

Rien en particulier. Le foot a changé, il y a de très bons joueurs dans chacune de ces équipes, en Europe et dans des bons clubs. Ils vont tout donner eux aussi, ce ne sera pas facile. Peut-être que l’on a ditavant que la Tunisie est favorite du groupe, mais il faudra voir les conditions de jeu sur place. On devra se battre pour faire les points.

L’Algérie est la grande favorite, pas vous…

Je ne pense pas qu’on soit si loin de l’Algérie. Après, ils ont réussi une belle Coupe du monde, ce qui les a encore plus médiatisés. On a nottre carte à jouer, on devra le faire sans pression.

La presse tunisienne égratigne régulièrement votre sélectionneur Georges Leekens, qui a pourtant réussi un beau parcours…

On est méditerranéens et jamais satisfaits ! (rires) Le coach est plutôt cool, il sait ce qu’il veut, a travaillé avec de grands joueurs comme Hazard et Kompany. Il connaît le haut niveau, il laisse jouer ses joueurs et a une énorme confiance en eux. Qu’il soit critiqué, surtout en Tunisie, on le sera quoi qu’on fasse ! On ne peut pas dire que cela nous affecte pas : quand on nous critique, lui ou nous, ça nous touche. Après, on est un groupe soudé, qui vit bien ensemble. Il faut savoir qu’il y a sept mois en arrière, personne ne pariait sur nous. Maintenant, on part outsiders de cette CAN, on a fait notre bout de chemin. Alors, on essaie de ne pas trop écouter ce qui se dit.

Vous avez appris la polémique en France pour Yoann Touzghar, de Lens, qui finalement ne fera pas la CAN avec la Tunisie ?

Oui. Ca nous attriste un peu. C’est toujours la même chose : les clubs ne le disent pas à haute voix mais ils ne veulent pas que leurs joueurs partent, je pense. Un joueur qui veut représenter son pays, laissez-le ! Pourquoi est-ce que le calendrier n’est pas décalé ? En Roumanie où je joue, on ne fait rien en décembre-janvier. J’en suis à 32 matches début janvier. Ils n’ont qu’à décaler à fin janvier.

Vous n’avez jamais eu de souci avec votre club ?

Non, puisque nous sommes en repos avec l’Astra Giurgiu. Le club recommençait le 10 janvier l’entraînement et le championnat un mois plus tard. Après, on aura des matches tous les trois jours. C’est un calendrier différent.

Parlez-nous justement de la Roumanie, votre pays d’adoption…

Ca fait maintenant deux ans et demi que j’y suis. Je pense avoir fait le tour. On a terminé 4e la première saison, 2e la seconde, vainqueur de la Coupe et de la Supercoupe. Qualifié pour l’Europa Ligue. On a fait des bonnes choses. Après la Roumanie, il faut viser plus haut. Je suis en fin de contrat dans six mois. Après on verra ce qui se présente ! Je me suis plu en Roumanie, la vie n’a pas été mauvaise, au contraire. Après sportivement, il faut voir plus haut même si c’est un bon championnat. D’ailleurs, les clubs européens viennent y recruter. Je veux d’abord jouer la CAN, après on aura le temps de penser au reste.

Vous verra-t-on en France, d’où vous êtes parti ?
J’ai joué un match en France, cet été, contre Lyon en Europa Ligue ! Comme je l’ai déjà dit, j’ai fait toute ma carrière à l’étranger, ce n’est pas une priorité de jouer en France. Ce serait bien, je ne dis pas le contraire. S’il n’y a rien, tant pis. S’il y a quelque chose, j’étudierais tout ça. Ca me fait toujours plaisir de revenir près de mes proches, dans un championnat que j’ai toujours suivi.

Suivez-vous également les péripéties de l’Espérance de Tunis, avec laquelle vous avez été finaliste de la LdC africaine ?
Quand même ! Je ne le suis pas comme avant mais je suis le classement, la LDC africaine. Le fait d’être souvent en sélection me permet d’échanger avec tous mes coéquipiers qui jouent eux encore dans le championnat tunisien, à Sfax, à Sousse, au CA ou à l’EST. On en parle entre nous.

Dites-nous un petit mot de vos compatriotes Ferjani Sassi et Fakhreddine Ben Youssef, derniers joueurs à avoir été transférés, tous les deux à Metz (L1 FRA)…

Fakhreddine, on l’appelle « Rouge » car il est roux. Il a une très bonne mentalité, une énorme marge de progression. C’est que du bon pour lui la L1. J’espère qu’il va monter de nouveaux palliers. Ferjani est plus jeune, mais il a un énorme talent. Fakhreddine travaille beaucoup, Ferjani est doué et très calme. Contre l’Egypte, il a été monstrueux. A Metz, ils sont partis à deux et seront bien entourés. Ils s’entraideront et c’est l’équipe nationale de Tunisie qui va en profiter.

Le talent ne tarit donc jamais en Tunisie !

Au niveau offensif, Msakni, Wahbi Khazri, Chikhaoui mais aussi Fakhreddine. On a Hamza Younes en Europe, qui est en Bulgarie, et Nantes le suivait. C’est un bon buteur. On a Chermiti, Saber Khelifa. Et je ne parle que de ce secteur-là  ! »

 

 

Samir Farasha