2022mag consacre depuis deux semaines une série aux grands techniciens arabes d’hier et d’aujourd’hui. Après Hassan Shehata, Rachid Mekhloufi, M’rad Mahjoub, Lhoussine Ammouta, Rabah Saâdane, Mahmoud El-Gohary, Faouzi Benzarti, Nasser Larguet et Abdelhamid Kermali, nous nous intéressons aujourd’hui au Tunisien mondialiste en 1978 Abdelmajid Chetali.

Oh, le grand talent que voilà ! Né à Sousse en 1939 dans une famille de footballeurs, Abdelmajid Chetali a d’abord été un très grand joueur sur la scène nationale, et un élément clé de l’équipe nationale. A 18 ans, il intègre l’Etoile du Sahel, le club de sa ville natale, dont il devient le maître à jouer au milieu de terrain (en qualité de demi offensif) et plus tard, le capitaine, jusqu’en 1968. A vingt ans, ses prestations lui valent d’intégrer l’équipe nationale. Il participe aux Jeux Olympiques de Rome en 1960. L’année suivante, il inscrit face au Nigeria le but qui qualifie son pays pour la CAN 1962. Un tournoi qu’il manquera en raison d’une crise de paludisme. Un an plus tard, il dispute la 4e édition. 1965 : la CAN est organisée par la Tunisie. Chetali est le capitaine des Aigles de Carthage qui atteint la finale du tournoi continental contre le Ghana, mais s’incline 3-2 après prolongation, malgré un but du Soussi. Au total, il enfilera le maillot de la sélection plus de 70 fois.

Abdelmajid Chetali  double buteur face au Maroc (2-1), lors du match retour du premier tour   des éliminatoires du Mondial 1962, mais éliminé.

Abdelmajid Chetali double buteur face au Maroc (2-1), lors du match retour du premier tour des éliminatoires du Mondial 1962, mais éliminé.

Deux ans après avoir quitté l’Etoile du Sahel en tant que joueur, il y revient cette fois en qualité d’entraîneur (1970-75). Son règne correspond à deux victoires en championnat (1971, 1972), deux coupes nationales (1974, 1975) et une Coupe du Maghreb des clubs champions (1972). Le stratège de l’ESS est devenu un entraîneur fin et discipliné. Diplômé de l’Institut supérieur de Cologne (1974), l’heure a sonné de le voir revenir auprès de l’équipe nationale. 

Janvier 1975 : il succède au Hongrois André Nagy. C’est donc lui qui est chargé de rebooster une sélection qui a perdu de sa superbe. A moins de 36 ans, la mission dont il a été investi est forcément exaltante. Mais ses premiers pas seront compliqués, avec des revers sur la route des JO 1976 et de la CAN 1976. Les Jeux méditerranéens d’Alger (1976) et la Coupe de Palestine (en Tunisie) voient son équipe se qualifier pour les demies. Une certitude : une équipe est née dans cette adversité. Le résultat, on l’a vu, n’est pas immédiat mais le fruit d’un travail patient. Il n’empêche, sa Tunisie atteint le dernier carré de la CAN 1978 au Ghana. Mais l’équipe, en raison de son comportement antisportif lors du match de classement contre le Nigeria (abandonné à la 42e minute après l’égalisation à 1-1) vaut une suspension de deux ans à la Tunisie.

280px-Abdelmajid_Chetali_60Quelques mois auparavant, Chetali a été l’architecte de la qualification historique de la Tunisie pour sa première phase finale de Coupe du monde en Argentine. La Tunisie a successivement éliminé le Maroc, l’Algérie et la Guinée, avant de terminer en tête de la poule finale devant l’Egypte et le Nigeria. Le 2 juin, la Tunisie remporte son premier match de phase finale aux dépens du Mexique 3-1, devenant la première sélection africaine à gagner une rencontre de Coupe du monde. La défaite contre la Pologne 1-0 et le nul contre la RFA 0-0 (les champions du monde 1974) ne lui permettront pas de franchir le 1er tour mais le travail remarquable de Chetali ne passe pas inaperçu. Il vaudra même à l’Afrique une deuxième place en phase finale de CDM à partir de l’édition 1982. Son bilan à la tête de la Tunisie est le suivant : 52 matches officiels, 18 victoires, 18 nuls et 16 défaites.

Après 1978, Chetali réintègre l’Etoile pendant quelques semaines mais il va s’éloigner peu à peu du métier d’entraîneur. En 1988, il dirigera quelques semaines la sélection du Bahrein, qui atteint les demi-finales de la Coupe du Golfe. Et en 2004, celui qui est devenu entre temps un immense consultant TV, réputé et apprécié, remplacera Mrad Mahjoub à la tête de l’ESS, et atteint la finale de la Ligue des champions perdue face à Enyimba. En 2001, la CAF lui confie, dans un bel hommage, la direction de la sélection africaine des vétérans qui affronte son homologue européenne à Bari pendant la Coupe Méridien (défaite 4-0). En 2007, Chetali est nommé conseiller technique de la fédération saoudienne. Sa philosophie de jeu tenait en quelques mots simples : « Osez, osez, osez ! » Agé de 80 ans, Chetali demeure un observateur attentif et passionné du football international.

@Samir Farasha

Demain, le 11e épisode sera consacré au Saoudien Khalil Ibrahim Al-Zayani.