Cette année-là :  17 juin 1965

 Victorieuse de l’Allemagne (2-1) et invaincue face à la grande sélection d’URSS (2-2) quelques mois plus tôt, grâce à un effectif riche en professionnels de talent mais à la carrière finissante, l’Algérie doit apprendre en cette année 1965 à affronter le monde avec une équipe nationale rajeunie et composée essentiellement de joueurs locaux. En principe. Car, soucieux de ne pas prendre de risques inconsidérés, le sélectionneur Ibrir préfère convoquer pour la dernière fois ces hommes d’expérience pour recevoir un géant, pour ne pas dire le Géant du football mondial: le Brésil .

En effet, le 17 juin, 1965, la ville d’Oran entre en ébullition Dans ses murs se trouve depuis la veille la fantastique Selecao  auriverde, double championne du monde avec toutes ses vedettes, le Roi Pelé en tête. Appelés à donner la réplique aux représentants de la jeune république algérienne indépendante, les Sud-américains font courir toute l’Algérie sportive. Le 14 juin à Alger, ils sont déjà 15 000 à suivre avec passion l’entraînement des cariocas sur le terrain en tuf du stade d’El Annasser.

Algerie-BresilLe soir du match dans le stade municipal se serrent 46 000 spectateurs dans une enceinte prévue pour 35 000, l’Algérie se présente avec une formation judicieux panache professionnels -amateurs. En effet, Rachid Mekhloufi, Ahmed Oudjani, Mohamed Lekkak et Mohamed Mezzara ont repris du service. Car en en face le Brésil débarque avec du lourd. Pelé, Rinaldo, Gerson, Djalma Santos, surnommé “l’oiseau tropical” par le quotidien oranais La République, ne s’en laissent pas conter par l’ambiance de folie du stade ni par le talent et la bonne volonté des “Verts”. Pour que tout soit clair, le Brésil présente l’addition au bout d’une demie heure grâce à deux buts signés Pelé (19e) et Dudu (29e) et laissent à Gerson le soin de finir le travail (83e). Les Algériens qui avaient une image du joueur brésilien sorcier I,ndividualiste découvrent une formation solidaire au collectif réglé comme une horloge de haute précision . Que même la sortie prematurée de son son “Roi” ne gêne pas. Le résultat est lourd, mais quelle merveilleuse expérience et quelle profitable leçon de football pour de jeunes joueurs comme les défenseurs Hamma Melaksou ( MSP Batna), Amar Bourouba (ES Sétif) et Ali Atoui (USM Annaba) chargés de contrer la cavalerie brésilienne. Et que dire du gardien de but Zerga (MC Alger) auteur d’un grand match malgré les trois buts encaissés.

L’Algérie attendra 8 ans pour retrouver le Brésil en amical (1973: 2-0 pour le Brésil à Alger) et 21 ans pour l’affronter en Coupe du monde au Mexique   (0-1 pour la bande à Socrates). Pour la grande Histoire, deux jours après ce match le président Ben Bella, premier chef de l’Etat de l’Algérie indépendante, est déchu et emprisonné à la suite d’un coup d’Etat militaire dirigé par le colonel Houari Boumedienne.

Le 19 juin, deux jours après Algérie Brésil disputé à Oran auquel il avait assisté, Ahmed Ben Bella  ( à droite sur la photo) est victime d'un coup d'Etat de la part de  du colonel Houari Boumedienne

Le 19 juin, deux jours après Algérie Brésil disputé à Oran auquel il avait assisté, Ahmed Ben Bella ( à droite sur la photo) est victime d’un coup d’Etat de la part de du colonel Houari Boumedienne

La fiche du match

Stade municipal: 46 000 spectateurs.

Arbitre: M. Gomez (Espagne)

Buts: Brésil: Pelé (19e), Dudu (29e), Gerson (81e).

Algérie : Zerga, Melaksou, Bourouba, Zitouni,Salem,   Lekkak, Defnoun, Soukhane, Mekhloufi, Oudjani, Mattem. Entraîneur: Ibrir.

Brésil: Manga, Gerson (Ademir da Guia, 50e), Rinaldo, Djalma Santos, Bellini, Dudu, Orlando, Altair, Garrincha, Flavio Minuao, Pelé (Bianchini, 70e). Ent: Vicente Feloa.

@ Fayçal Chehat