Le 16 septembre 1992 tombe la triste nouvelle. Larbi Ben Barek a tiré sa révérence pour rejoindre le vaste paradis des footballeurs de légende. Pour faire le grand saut, le champion marocain a attendu la fin de l’été, comme s’il n’avait pas voulu, fidèle à sa légendaire discrétion, déranger le bonheur des autres. L’automne l’a emporté dans un grand et digne silence. Joueur de génie, il était resté durant les 35 années de sa retraite sportive, un Monsieur important du monde du football. Son modeste appartement de la rue de Nancy, à Casablanca, était devenu le passage obligé pour les journalistes du monde entier.

Lors de la Coupe d’Afrique des nations organisée dans son pays en 1988, il avait donné plus d’interviews que la plupart des stars africaines du moment. Je faisais partie de ces bienheureux. Il faut dire que la personnalité de Larbi était exceptionnelle. Derrière le footballeur, il y avait un homme aux qualités multiples. Un être généreux à la passion contagieuse doté d’un humour étonnant, d’un franc-parler incisif et d’une lucidité impressionnante. Et quelle mémoire, mes aieux ! Il fallait être fort pour l’arrêter lorsqu’il entrait dans le détail pour vous préciser un fait ou décrier un événement. Un vrai déluge de paroles. Larbi était entier, comme le footballeur était parfait techniquement. J’ai eu le privilège de m’entretenir avec lui pendant deux heures à Casablanca. Il m’avait reçu avec une chaleur et une gentillesse extraordinaires. Ce fut un régal et c’est aujourd’hui encore, 26 ans après, un souvenir délicieux et impérissable pour le journaliste que je suis.

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En apprenant la nouvelle de sa disparition ce 16 septembre 1992, quatre ans après notre entrevue, mon premier geste fut de réécouter la bande sonore de notre entretien. Au moment où j’écris ses lignes, ma tête résonne des éclats du rire majestueux de cet homme encore altier malgré ses 71 printemps. Il fallait le voir se lever pour montrer, gestes à l’appui, la maîtrise technique des grands joueurs du passé et constater, la moue aux lèvres, les lacunes des stars des années 80. Larbi explosait comme un volcan pour dénoncer les joueurs surfaits et l’absence d’étoiles scintillantes pour éclairer la passion toujours intacte des amoureux du football à travers le monde.

Paroles aigris d’un “vieux schnock” envieux ? Ben Barek, qui ne s’intéressait qu’à la richesse intérieure de ses semblables, balaie la remarque d’un ferme revers de la main. Lui, qui avait retrouvé, durant les trente dernières années, sa ville natale, ses enfants et petits enfants ne mesurait son bonheur qu’à l’aune de l’affection que lui témoignaient les gens simples. Les seules à compter à ses yeux.

Larbi Digest

 

Né le 15 juin 1917 à Casablanca. Poste: Milieu offensif. Clubs: Idéal de Casablanca, US Marocaine, Olympique de Marseille, Stade Français, Atletico de Madrid (Espagne), USM Bel Abbès (Algérie).

17 sélections en équipe de France de 1938 à 1954: Il a affronté : l’Italie (2), le Portugal (3), l’Allemagne (1), l’Autriche (2), la Tchécoslovaquie (2), la Belgique (3), la Pologne (1), l’Ecosse (1), la Hongrie (1), l’Angleterre (1). Bilan: 10 victoires, 1 nul, 6 défaites.

Dribbleur de haute volée, Larbi possédait une formidable vision du jeu et un vrai sens de la performance collective. Son hygiène de vie remarquable lui a permis une belle longévité. Il a honoré sa dernière selection à 37 ans ! Pour tous les observateurs de l’époque, le Marocain était le meilleur footballeur du monde, avec l’Anglais Stanley  Matthews.

@Fayçal CHEHAT